violence raciste de la police - témoignage

Le confinement banalise encore davantage le contrôle au faciès. Il permet aux policiers de s’attaquer toujours plus à des populations déjà stigmatisées et dominées.

On a voulu retranscrire ce témoignage de J, victime du racisme policier, qui a eu lieu à Grenoble cette semaine du 2 novembre 2020, qui n’est clairement pas à la marge et qui reflète bien l’état d’esprit ambiant du moment, avec l’islamophobie et le racisme encore plus prononcés.

A la suite de ce texte, nous avons repris deux citations en lien avec la thématique.


Récit de J., mineure.

J’allais à la pharmacie vers 16h après avoir vu mon médecin. Quand je suis sortie de la pharmacie, j’ai mis mon foulard sur la tête comme je fais de temps en temps, parfois je mets un bonnet. J’ai mis mon masque.
Là une voiture de police municipale qui passait près de moi s’est arrêtée quand elle m’a vue.
Quatre policiers sont sortis de la voiture et m’ont interpellée : « Madame, ne bougez pas, on va faire un contrôle d’identité. » J’ai demandé pourquoi. Ils m’ont demandé de retirer le « hijab » de ma tête, j’ai compris qu’ils parlaient de mon foulard, j’avais peur alors je l’ai enlevé tout de suite. Et ils m’ont dit de baisser mon masque pour montrer mon visage. Ils m’ont dit « si vous faites comme vos copains on va vous verbaliser » en rigolant.
J’ai dit que je répondrai aux questions. Là ils ont d’abord demandé ma carte d’identité que je n’avais pas sur moi, mais j’ai dit que j’avais mon papier de droit à l’AME avec mon nom.
Ils ont dit non, mais ils ont demandé à voir mon attestation de déplacement. J’en avais une donnée par le médecin, avec raison médicale et le tampon de son cabinet.
Quand ils ont vu mon nom de famille, ils ont dit « ah, on a trouvé, vous êtes musulmane ! »
J’ai dit que non, je suis de nationalité roumaine. Ils ne m’ont pas crue et ils ont voulu que je le prouve, j’ai dit qu’ils pouvaient appeler mes parents s’ils voulaient, en les appelant dans la pharmacie car je n’avais pas de téléphone sur moi.

Ils ont continué en demandant pourquoi j’allais à la pharmacie, pourquoi c’était une urgence. Ils m’ont dit d’ouvrir mon sac de médicaments, j’ai du leur décrire le contenu de chaque boite. Ils ont demandé pourquoi j’avais un anti-douleur, j’ai du me justifier pour tout.
J’ai commencé à pleurer,pendant qu’eux rigolaient. Celui qui m’interrogeait a déchiré mon attestation, en disant que l’heure était dépassée de 30 minutes. Il a fait aussi une remarque sur l’adresse de mon domicile en disant qu’il y avait des pharmacies plus près, je leur ai dit que le médicament que je cherchais n’était pas disponible là bas. ( pour rappel : il n’y a pas de limite de temps ou de distance à mettre dans une attestation pour une raison médicale )

J’avais peur d’être emmenée au commissariat alors je n’ai rien dit. En tout ils m’ont gardée une heure dans le froid. Je suis partie, et j’ai vu la voiture de police me suivre jusque chez moi.

— 

Texte de Mathieu Rigouste

[Aujourd’hui,] l’islamisme est présenté comme niant la liberté de la femme en lui imposant le voile.
Il y a une généalogie de l’instrumentalisation raciste et coloniale de la critique du « patriarcat des autres ». Les pratiques de dévoilement des femmes algériennes organisées par les colons et l’armée française en Algérie visaient à symboliser l’adhésion des Algériennes à une modernité occidentale confondue avec l’ordre colonial. De même aujourd’hui, les campagnes de stigmatisation et l’injonction au dévoilement de femmes musulmanes participent à légitimer la reproduction d’un système de discrimination raciste d’une partie des femmes des classes populaires.
(texte « pour prospérer, le capitalisme joue la carte sécuritaire » sur Reporterre le 4 novembre 2020, https://reporterre.net/Mathieu-Rigouste-Pour-prosperer-le-capitalisme-joue-la-carte-securitaire)

Texte d’un collectif de juin 2019 contre l’islamophobie

Aux yeux de ceux qui définissent la norme, une femme musulmane se singularise enportant un foulard et porte donc atteinte à la « neutralité de l’espace public ». Ce qu’on lui demande donc en réalité à travers cette injonction à la « neutralité », c’est de se conformer à des normes dominantes, à l’identité (prétendue universelle mais pourtant bien particulière) dominante. C’est de l’assimilation [5] forcée.
(…)
Cette conception implique une suppression totale de la liberté d’expression. Un espace public dans lequel les individus sont tenus de « rester neutres » est un espace totalitaire. Ce concept de « neutralité » est donc un outil pour exclure tout une catégorie d’individus du groupe majoritaire [6] . Un outil de stigmatisation et de répression.
De plus, un espace public où l’on ne peut laisser s’exprimer qui l’on est réellement amènera la même dynamique de répression de soi à l’intérieur du domaine privé. Interdire « dans l’espace public », c’est donc déjà commencer à réprimer jusque dans les espaces privés (et dans les esprits), ces espaces n’étant qu’artificiellement séparés dans les discours, pas dans nos réalités psychiques.
( texte issu de la brochure « Laïcité néo-coloniale » sur https://infokiosques.net/spip.php?article1730 )

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