Tout brûle déjà ? Le feu se propage à l’UGA (Université Grenoble Alpes).

Grenoble brûle, paraît-il. Mais pas forcément là où l’on croit.

En février 2017, la résidence étudiante Condillac, délabrée, est déturite par un incendie. Un mois plus tard, c’est au tour du squat du Village Olympique d’être touché par les flammes, trois semaines après la coupure de son électricité. Occupé depuis quatre ans, ce bâtiment du CROUS était le lieu de vie de 80 personnes exilées qui se retrouvent alors sans perspectives de logement durable. Pour y faire face, des réquisitions autonomes de bâtiments vides sont mises en place. Les squats de la rue Auguste Gaché (en avril), de la rue Aristide Bergès et de Saint-Martin-le-Vinoux (en mai) sont expulsés illégalement par des forces de l’ordre qui en profitent pour faire arrêter et déporter un camarade "en situation irrégulière".

En mai, au parc Valmy, un coktail Molotov jeté d’une voiture embrase quelques sacs poubelles, la préfecture saute sur l’occasion et expulse immédiatement les dizaines de familles exilées qui habitaient là depuis plusieurs mois. Quelques jours plus tard, le squat de la rue Jay, propriété de la mairie où réside une quarantaine de personnes, est lui aussi menacé d’expulsion.

Depuis la rentrée, l’appétit des pouvoirs publics pour les flammes ne semble pas avoir été rassasié. Loin d’être échaudés par l’incendie du VO, l’électricité est coupée début octobre rue Jay. A la veille de la trêve hivernale, vient le tour d’Ahwahnee (squat de la rue des Alliés) où la coûteuse coupure justifie une opération policière de grande ampleur, le saccage du lieu et la détention en garde à vue des personnes présentes à l’intérieur.

Des pouvoirs publics à la pointe de la délinquance

Ces évènements témoignent du jeu trouble d’une préfecture qui se distingue par l’illégalité de ses expulsions. Depuis la fin de l’été, à Grenoble, Fontaine et Saint-Martin-d’Hères, une demi-dizaine de squats ont été expulsés alors que leurs occupant.e.s pouvaient prouver leur occupation régulière des lieux depuis plus de 48 heures. La préfecture fait ainsi la démonstration de sa soumission aux intérêts privés de la spéculation immobilière et de sa participation à la gentrification de la ville, comme le rappelle l’expulsion du 15 rue d’Alembert en novembre 2016. D’ailleurs, on retrouve à cette occasion un promoteur véreux, lui aussi bien arrangé par les ravages d’un incendie (voir l’enquête consultable en ligne sur haro-grenoble.info intitulée Western à la grenobloise).

Les pouvoirs publics jettent l’huile sur le feu. Ils ne remplissent pas leurs obligations légales de logement des personnes qui demandent l’asile et expulsent les lieux qu’elles tentent d’occuper. Les institutions ne semblent les tolérer que si ils et elles restent invisibles : caché.e.s dans l’obscurité d’un parc ou éloigné.e.s du centre bourgeois de la ville, isolé.e.s et tenu.e.s à distance par le harcèlement policier. Toute tentative d’organisation collective et visible dans l’espace public est alors réprimée (expulsion des campements Esmonin, Valmy, Flaubert), souvent à l’appui d’arguments humanitaires.

L’humanisme des beaux discours à l’épreuve du réel

Pourtant, l’auto-proclamé "camp progressiste" au pouvoir ne se gêne pas pour discourir sur l’hospitalité qu’il prétend mettre en oeuvre. La mairie de Grenoble se revendique "ville solidaire" et "terre d’accueil", pourtant des personnes qui demandent l’asile continuent de dormir sous les fenêtres de l’Hôtel de ville. Au même moment, la ville avoue ne pas savoir quoi faire de ses nombreux locaux vides. Elle lance le dispositif participatif "Gren’ de projets" qui concerne six grands bâtiments inutilisés qu’elle veut "valoriser" à travers des "projets innovants". La réquisition n’est toujours pas au programme de la "ville de demain", plus prompte à accueillir les classes supérieures céatives qu’à loger les grenoblois.e.s les plus démuni.e.s.

L’année dernière, Lise Dumasy (présidente de l’Université "d’excellence" Grenoble Alpes) se félicitait d’"accueillir des migrants de Calais" sur le campus quand elle ne faisait que collaborer avec la Préfecture pour la mise en place de son dispositif de "centre d’accueil et d’orientation" (CAO). Un centre qui n’était rien d’autre qu’un espace temporaire de tri et de fichage des personnes expulsées du campement de Calais. Aujourd’hui encore, l’UGA n’accueille pas. Alors qu’elle communique sur sa prétendue "mobilisation" pour les étudiant.e.s réfugié.e.s, ses dispositifs d’accueil ne concernent que les personnes dont la situation a été "régularisée".

Alors que, d’après l’INSEE en 2013, environ 10000 logements étaient vacants à Grenoble, nous n’oublions pas que le mal-logement tue. A Grenoble, le 6 septembre 2016, une adolescente est morte électrocutée dans le bâtiment qu’elle squattait avec sa famille. Dès lors, les logorrhées des très médiatiques dirigeant.e.s grenoblois.e.s doivent être mis en acte.

Bâtissons des solidarités sur la cendre de leurs contradictions

A Lyon, un amphi est occupé depuis le 16 novembre. Quatre jours plus tard, dans un courriel adressé au personnel et aux étudiant.e.s, la présidente de l’Université Lyon II fait savoir que "procéder à une réquisition de la force publique en l’absence de solution alternative pour l’accueil de ces personnes" ne semblait "pas souhaitable dans la mesure où l’occupation des locaux reste compatible avec les missions premières de l’établissement". A Nantes, c’est le château du Tertre, construit à la fin du XIXe par un armateur, négociant et homme politique ayant bâti sa richesse grâce à la colonisation, qui est occupé depuis le 26 novembre.

La Tambrouille s’est, voulue, depuis ses débuts, une cantine de lutte : un espace autonome où nous pourrions collectivement nous réapproprier nos existences. Alors que l’hiver s’est installé et que les pouvoirs publics mènent une répression de plus en plus féroce contre les plus démuni.e.s et les "indésirables", la Tambrouille invite tout.e un.e chacun.e, précaires, étudiant.e.s, chômeu.r.se.s, exilé.e.s, mal-logé.e.s, celles et ceux qui dorment dans le froid des rues, parcs et halls d’immeubles, à venir partager un chaleureux déjeuner de résistance.

Ce midi nous mangeons au chaud.

Mais cet après-midi ? Ce soir ? Demain ?

A QUELLE OCCUPATION VAQUERONS-NOUS ?

La Rumeur, Tout brûle déjà

"Les masques ont plus rien à masquer ça sent mauvais pour de vrai
De force ou d’gré, ça s’voit d’près, on est déjà dans l’après
Et c’est béant comme un puits, ils nous y ont tous mis
Respire le gaz que voici
Rions un peu avant d’être vieux
Les années d’plomb sont devant la porte
Tiens-toi mieux reprends ton feu
Il n’est pas sûr qu’on en sorte"

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