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Soutien à la communauté kurde

rassemblement hommage victimes kurdes 24 decembre à grenoble

Loin des manifs fortement réprimées comme à Paris ou Marseille, c’est un rassemblement dans le calme réunissant une petite centaine de personnes qui a eu lieu ce samedi 24 décembre, place Félix Poulat à Grenoble, en hommage aux 3 militant.es kurdes assassinés à Paris la veille. En effet l’association culturelle kurde Ahmet Kaya dans le 10e arrondissement a été la cible d’une attaque armée, à l’heure où une réunion avec une soixantes de personnes attendues était prévue pour préparer la commémoration des 3 victimes de 2013.

Entre plusieurs slogans dénonçant la politique tyrannique d’Erdogan, des chants se font entendre, comme l’hymne du mouvement de libération du Kurdistan "çerxa soresê" ("des murs des prisons au sommet des montagnes, levez le drapeau rouge ; la résistance est la vie"), ou encore le chant pacifiste arabe Holm de Emel (qui était la voix de la Révolution du jasmin en Tunisie en 2010-2011).

Des prises de paroles de syndicats et de l’AIAK, Association Iséroise des Amis du Kurdistan, mettent en accusation le gouvernement français de ne pas reconnaître le caractère terroriste de l’attaque, et rappellent aussi que la Turquie mène une guerre au sud-kurdistan et au Rojava, en multipliant notamment ces derniers mois des frappes aériennes, des drones, des armes chimiques, mais aussi par des arrestations et perquisitions.

Nous retranscrivons ici le discours d’une des militantes de l’AIAK :

"

C’est la deuxième fois en 10 ans que Paris devient la scène d’un massacre politique mené contre les kurdes et les femmes kurdes.*
La 9 janvier 2013, trois militantes politiques kurdes ont été assassinées par les forces de renseignement turques. Malheureusement, l’état français n’a pas assumé ses responsabilités en enquêtant et en tenant pour responsables les auteurs de ces meurtres.

Les véritables coupables n’ont jamais été traduits en justice en raison de la réticence du gouvernement français à rechercher la vérité. Nous, en tant que congrès national du Kurdistan, ne considérons pas cette attaque comme une attaque individuelle isolée. Nous sommes préoccupé.es par les premières déclarations des responsables français qui classent l’attaque comme un acte individuel de violence à motivation raciale. Le fait que les 3 cibles étaient kurdes montre qu’il s’agit d’une attaque organisée et politiquement motivée.

Comment l’assaillant a t-il su qu’il y avait une réunion à l’heure exacte de l’attaque ? Qui l’a transporté sur le lieu de l’attaque ? Le suspect aurait-il pu être recruté et radicalisé par des agents turcs en prison ? Tous ces éléments nous amènent à penser que cet attentat a été organisé par l’état turc.
Nous exhortons le gouvernement français à assurer une enquête approfondie sur les circonstances de cet incident car il ne s’agit pas seulement d’une agression contre le peuple kurde mais contre tous les peuples d’europe et sa démocratie.

Lorsque l’inhumain ISIS (état islamique) a attaqué Paris et d’autres villes européennes, les hommes et les femmes kurdes du YPG et du YPJ ont mené le combat et ont sacrifié plus de 12 000 vies dans la défaite finale du califat. Nous appelons les peuples d’europe et du monde à défendre le droit à la vie et à la liberté du peuple kurde. Où qu’ils soient, le peuple kurde et ses amis doivent rester unis face à ces attaques et doivent appeler le gouvernement français à assumer ses responsabilités. L’état turc doit être tenu pour responsable et doit être jugé pour ses crimes.

Nous demandons instamment à la france et à l’union européenne de se réunir immédiatement sous le titre d’opération terroriste de l’état turc sur son sol, et de prendre position contre ; et de discuter des opération turques sur son sol, et de prendre position contre ces actes de terrorisme."


*Dans la nuit du 9 au 10 janvier 2013, Fidan Dogan, Sakine Cansiz et Leyla Saylemez toutes engagées au sein du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), avaient été abattues rue Lafayette, dans le 10e arrondissement. Le suspect présumé, Omer Güney, avait été interpellé dans la foulée et écroué pour « assassinats en relation avec une entreprise terroriste ». Atteint d’une tumeur célébrale, il est mort à Paris en décembre 2016, quelques mois avant son procès devant la Cour d’assises spéciale.





Quelques infos concernant les victimes de ce vendredi 23 décembre :

- Emine Kara était « responsable du mouvement des femmes kurdes en France », selon Agit Polat, porte-parole de l’association Conseil Démocratique Kurde en France.
Après avoir vécu dans un camp de réfugiés dans le nord de l’Irak, la militante était arrivée, selon son oncle cité par Libération, en France pour soigner ses blessures de guerre. Elle avait déposé une demande d’asile auprès de l’OFPRA, qui avait été rejetée, selon le CDK-F. Elle comptait faire appel. 
Depuis son arrivée en France, Emine Kara s’était investie dans le mouvement des femmes kurdes en France, dont elle était la responsable nationale. Elle travaillait ces derniers mois à soutenir le mouvement en Iran, auquel de nombreux Kurdes participent. Une manifestante interviewée par Libération lui impute notamment l’origine du slogan "Femme, vie, liberté", scandé par les manifestants iraniens et assure qu’elle ne se trouvait en France que depuis "un an". 
Ce slogan est en effet employé depuis plusieurs années par la branche féminine du Parti de la paix et de la démocratie, une formation liée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).
Dans ce cadre, Emine Kara travaillait à l’organisation d’une manifestation, le 7 janvier prochain, pour réclamer plus de transparence sur les circonstances de l’assassinat, le 9 janvier 2013, de trois militantes kurdes tuées par balles dans le 10e arrondissement de Paris.

- Mir Perwer était un jeune artiste, un compositeur de mélodies kurdes. Selon Berivan Firat, ses textes dérangeaient le pouvoir d’Erdogan en Turquie, c’est pourquoi il a du se réfugier en France, sous la protection de l’asile politique, après avoir affronté un procès puis un séjour en prison pour contestation au pouvoir turc.

- Abdulrahman Kizil était un citoyen kurde de 48 ans, entièrement dévoué à la défense de son peuple.

De nouveaux rassemblements sont à prévoir à Paris et ailleurs, restons mobilisés.es !
Jin, Jiyan, Azadi ! ("femme, vie, liberté !")

Suivre les infos sur la lutte du peuple kurde :
- riseup4rojava.org
- reseau serhildan

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