Plan canicule à Grenoble : toutes et tous à la piscine !

La situation est tendue dans les piscines des Dauphins et Jean Bron, qui ont fermé leurs portes au public le 26 et 27 juin, et ré-ouvert sous le contrôle de la police. Les actions pour l’autorisation des maillots couvrants ont suscité l’hystérie médiatique. Retour sur une polémique qui dissimule une discrimination raciste et la relégation sociale des classes populaires en été.

Que se passe-t-il dans l’équipement municipal Jean Bron ce vendredi 28 juin au matin ? Après deux jours de fermeture, la piscine réouvre partiellement ses portes (horaires réduits) sous haute surveillance. Des vigiles procèdent à un contrôle minutieux, obligeant chaque usagèr.e à vider tout le contenu de son sac dans une boite, au vu de tou.te.s. Le dispositif de fouille est doublé par la présence de la police municipale dans l’enceinte de la piscine, servant d’auxilliaires aux employé.e.s.

Suite à plusieurs incidents, les travailleur.se.s ont décidé d’exercer leur droit de retrait, et ont demandé un renforcement des équipes de sécurité, qu’ils ont obtenu ce vendredi. Chaque été, seules deux piscines municipales restent ouvertes. Pour les jeunes et les enfants qui restent à Grenoble tout l’été, par temps de fortes chaleurs, la piscine municipale est l’un des seuls endroits où ils peuvent se rafraîchir et se divertir. Contrairement à d’autres villes pratiquant la gratuité pour les jeunes, les tarifs d’entrée sont élevés, pour très peu de moyens mis en oeuvre. Alors qu’elle interdit l’entrée aux mamans habillées, la municipalité répond à la forte affluence du jeune public par la présence de vigiles et des rondes éffectuées par la police municipale.

Les médias font endosser la responsabilité de la situation aux femmes musulmanes. Les actions menées par un groupe de femmes, soutenues par l’association Alliance Citoyenne, ont suscité un grand nombre de réactions, majoritairemement islamophobes, ou invoquant des scénarios grotesques. Il suffit de taper "burkini grenoble" sur un moteur de recherche pour en mesurer l’ampleur. Le groupe de femmes à l’initiative des actions de désobéissance civile demande simplement un changement du règlement intérieur, pour pouvoir se baigner en maillot couvrant et accompagner leurs enfants à la piscine sans devoir se dénuder. Sous couvert "d’hygiène et de salubrité" (sic le règlement intérieur de la piscine), la municipalité leur oppose un refus catégorique.

La dernière publication de l’Alliance citoyenne à ce sujet examine et répond aux arguments qui leur sont opposés :

« [Campagne des Rosa Parks Musulmanes] ⚠️Mise au point et réponse à Éric Piolle⚠️
✔️ Trois raisons sont avancées par ceux qui s’opposent à la liberté des femmes de se baigner en maillot couvrant.
1- l’hygiène : il y a des règles d’hygiène, c’est pour ça qu’on interdit aussi les shorts.
2- la sécurité : la baignade en burkini poserait des problèmes de sécurité par rapport aux autres maillots
3- la laïcité : les piscines sont des équipements publics, les usagers doivent respecter la laïcité
Ces arguments ont notamment été étudiés par le Défenseur des droits en France (avis du 27 décembre 2018) et par le Centre Interfédéral pour l’égalité des chances en Belgique (12 juillet 2017) qui ont déclaré l’interdiction du burkini non justifiée.

➡️Sur l’hygiène, toutes les études sur le sujet ont montré que le burkini ne pose pas de problème d’hygiène. Le burkini est constitué de la même matière que les maillots de bain classiques (mélange d’élasthanne (lycra) et de polyamide (nylon)). Contrairement aux shorts de bain, le burkini n’est pas porté comme une tenue de ville et pour effectuer des activités extérieures.
L’agence indépendante belge Soins et santé a considéré la question et déclaré que « le maillot de bain couvrant l’entièreté du corps (…) n’a aucun impact sur la qualité de l’eau ». A Rennes, où les burkinis sont autorisés, le service Piscines de la direction des sports a confirmé le 15 mars 2019 ne pas avoir constaté d’augmentation du taux de chloramines, l’eau des piscines Rennaises est de très bonne qualité.

➡️Concernant la sécurité, aucun élément n’indique que le port du burkini présente un quelconque danger. Le Défenseur des droits a constaté que « les burkinis sont spécialement conçus pour la baignade et pour permettre de nager avec aisance. En conséquence, les tuniques composant le burkini arrivent généralement jusqu’en haut des cuisses ou à mi-cuisses. Elles n’ont pas un effet « parachute » mais collent au corps de la nageuse dans l’eau ».
Sur le problème de l’accès à la poitrine en cas de noyade, la Mairie de Rennes a constaté que les paires de ciseaux disponibles dans les infirmeries coupaient aussi bien le lycra du burkini que celui d’autres maillots. Plus généralement, pour le Défenseur des droits, « sauf à faire la démonstration d’un risque systématique, une interdiction de principe de tous les types de burkinis apparaît disproportionnée ».

➡️Le principe de laïcité autorise bien le port du burkini. La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs convictions, la liberté de culte et la liberté de manifester leurs convictions dans les espaces publics. Dans un rapport annuel publié en mars 2019, le défenseur des droits estime ainsi que « le port du voile ou du burkini pour la pratique sportive ne peut être interdit sur le fondement d’une règle de laïcité ». Le ministère des Sports a publié ce mercredi 26 juin un guide « Laïcité et gestion du fait religieux dans le sport » affirmant que « les personnes fréquentant (une piscine municipale) peuvent être considérées comme des usagers du service public vis-à-vis desquels il n’existe pas de législation restrictive quant au port d’une tenue qui s’apparenterait à un motif religieux. »

✔️D’autres arguments fallacieux sont opposés aux femmes qui se battent.
➡️Autoriser le burkini n’est-ce pas imposer le burkini ? Sur le fait que l’autorisation du burkini « impose » la présence de femmes en burkini à la vue des autres usagers, l’homologue néerlandais du Défenseur des droits avait considéré qu’une interdiction du burkini fondée sur le malaise ressenti par les autres nageurs n’était pas proportionnée.(cité par BREMS (E.), OUALD CHAIB (S.) & VANHEES (K.), ‘‘Burkini’’ bans in Belgian municipal swimming pools : Banning as a default option”, Netherlands Quarterly of Human Rights, 2018, pp. 1–20)

➡️L’autorisation du burkini menacerait la liberté de toutes les femmes « Si aujourd’hui nous baissons la garde sur la question du burkini, des jeunes filles musulmanes subiraient toutes les pressions pour en porter. » (Valérie Pécresse)
Sur cette question, la Cour Européenne des Droits de l’Homme dans son arrêt Arrêt S.A.S. contre France du 1 juillet 2014 dit : « (…) Un État partie ne saurait invoquer l’égalité des sexes pour interdire une pratique que des femmes (…) revendiquent dans le cadre de l’exercice des droits [fondamentaux], sauf à admettre que l’on puisse à ce titre prétendre protéger des individus contre l’exercice de leurs propres droits et libertés fondamentaux. »

➡️« Le burkini n’est pas un maillot de bain, mais l’étendard des islamistes » : La demande de se baigner en maillot couvrant est une « revendication communautariste » (Eric Piolle), une manifestation de « communautarisme islamiste » (Dupont Aignan) ou de « radicalisme islamiste (Jean Michel Aphatie, Gilles Clavreul), une « provocation islamiste qui vise à imposer un communautarisme vestimentaire » (communiqué RN). Les femmes qui demandent le port du burkini sont dans une « provocation communautaire » (Adrien Quatennens). « Si aujourd’hui nous baissons la garde sur la question du burkini, des jeunes filles musulmanes subiraient toutes les pressions pour en porter.” (Valérie Pécresse)
Selon elle, "si on acceptait le burkini, d’ici quelques années, toutes les jeunes filles des quartiers populaires se baigneraient couvertes, pour des raisons d’ordre moral et pour préserver leur réputation". Il faut "continuer à se baigner en maillot de piscine, pour laisser les femmes libres", a-t-elle insisté.
Sur la question de l’islam politique, le politologue Olivier Roy, spécialiste de l’islam explique : « le burkini est une invention récente [créé en 2003 en Australie], qui fait sauter les fondamentalistes au plafond. Pour ces derniers, une femme n’a pas à se promener sur la plage, et encore moins se baigner ! Donc le burkini est, au contraire, une tenue moderne, qui n’a rien de traditionnel ou de fondamentaliste. » Pour lui : « Les arguments utilisés par les antisémites dans les années 1920 sont aujourd’hui repris à propos de l’islam : incompatibilité culturelle et une loyauté plus grande accordée à la religion qu’à la nation. »

➡️Depuis le début de cette campagne, Éric Piolle, le Maire de Grenoble ne s’est jamais prononcé sur les questions de fond rejetant nos demandes, les qualifiant de communautaires, et se réfugiant derrière le gouvernement pour justifier son inaction. Or, le l’observatoire de la laïcité, saisi par le Maire, l’a renvoyé face à ses responsabilités, tout comme la Ministre de la justice, le 28 juin. Les règlements intérieurs sont une compétence municipale et c’est au Maire de décider le maintien ou non des règlements injustes. Éric Piolle , si vous cherchez une figure qui puisse vous permettre de justifier cette interdiction, ne saisissez pas les instances de la République (défenseur des droits, Observatoire de la Laïcité, Ministre des Sports) car elle est indéfendable sur le fond. Si vous souhaitez du soutien, cherchez sur votre droite, du côté de Matthieu Chamussy, Gilbert Collard ou Eric Zemmour. »

Vous pourrez trouver plus d’informations ici, même si l’article reprend des éléments de l’hystérie dominante.

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