Lettre ouverte du DAL au nouveau conseiller municipal délégué au logement, M.BERON-PEREZ

M. Beron-Perez,

Nous avons appris votre nomination au poste de conseiller municipal délégué au Logement de la Ville de Grenoble. Nous regrettons au passage que le conseil municipal de Grenoble ait fait le choix, qui semble significatif, de troquer le poste d’adjoint au logement contre un poste de conseiller municipal, qui revêt moins d’importance.

Néanmoins, nous portons aujourd’hui cette lettre ouverte à votre connaissance car nous connaissons vos engagements en faveur du logement : ensemble nous avons lutté, et gagné, contre le projet de la précédente majorité municipale de privatiser et de marchandiser ACTIS, qui aurait eu des conséquences désastreuses pour les locataires en place mais aussi pour tous.tes les grenoblois.ses, comme vous le savez.

Nous nous rejoignions également la nécessité de produire massivement des logements sociaux publics, de bonne qualité et surtout aux loyers abordables, connaissant le coût du logement dans le budget des foyers modestes. Nous savons également que le PCF a été à l’initiative des arrêtés anti-expulsion au début des années 2000, et que les municipalités communistes continuent d’en prendre à chaque fin de trêve hivernale . Que le dernier maire a avoir fait usage de la loi en réquisitionnant un bâtiment vide pour y loger des sans-abris est communiste et a été récemment réélu à Montreuil.

De votre côté, vous connaissez notre mouvement de mal-logé.es, de sans abris et de locataires et nos revendications. Notre comité comme tous ceux réunis dans la fédération DAL, n’a de cesse de dénoncer la politique antisociale du gouvernement Macron et particulièrement sa loi ELAN, véritable cadeau au secteur de l’immobilier et attaque sans précédent contre les pauvres, les locataires et le secteur du logement social. Nous militons avec nos moyens, et malgré notre absence de locaux pour nous organiser nous savons nous faire entendre des décideurs quelle que soit leur couleur politique, car tous ont leur part de responsabilité. Nous vous interpellons sur cet ensemble de points dans ce courrier.

Les expulsions pour commencer ; à la suite de la circulaire ministérielle du 02 juillet 2020 réaffirmant entre autre le principe de non-expulsion sans relogement, la Préfecture de l’Isère s’est engagée lors d’une réunion le 21.07 avec notre association à ne pas appliquer le concours à la force publique lorsque celui-ci est octroyé, et ce d’ici au 31 mars 2021, date de fin de la prochaine trêve hivernale.

Pour autant, les pressions exercées par les bailleurs sociaux et privés sur les locataires demeurent extrêmement fortes. Nous recevons lors de nos permanences de plus en plus de personnes menacées d’expulsion par leur bailleur, notamment par Grenoble Habitat et Actis, organismes HLM administrés principalement par la mairie de Grenoble. Nous en venons à penser que faute de concours de la force publique, les bailleurs sociaux utilisent la stratégie de la terreur pour faire déguerpir leurs locataires devenus « indésirables », car trop pauvres et dans l’incapacité de régler leurs loyers. Cela ne fait que commencer au vu de l’aggravation de la crise sociale en cours. Nous ne pouvons pas imaginer que la mairie de Grenoble fasse moins bien que la préfecture de l’Isère, aussi nous vous demandons comment ferez-vous pour éviter toute expulsion locative et d’hébergement .

Ces expulsions n’interviennent pas par hasard et constituent le bout de la chaîne de la « machine à fabriquer des SDF » : baisse des APL, marchandisation du logement, privatisation, démolition et vente des HLM, spéculation immobilière et foncière, entraînent la hausse des prix des loyers et des charges alors que la population est appauvrie et précarisée, dans les quartiers populaires surtout. La situation est identique partout en France mais les habitant.es de Grenoble sont particulièrement concerné.es car en comparaison, le loyer y est plus cher que dans les autres villes de même taille. Toujours plus nombreux.ses dans nos permanences, les locataires du privé suffoquent sous le coût du loyer et des charges (la moitié d’entre eux voient au minimum, et souvent plus, un tiers de leurs revenus engloutis dans le loyer tous les mois1) et tremblent devant la menace d’une expulsion pour dettes. Grenoble a fait un pas vers l’encadrement des loyers, mais la situation mérite aujourd’hui une baisse du coût du logement. Surtout que le logement social, qui devrait proposer des loyers plus abordables, est de plus en plus cher et augmente chaque année : à titre d’exemple, Actis a augmenté ces deux dernières années ses loyers d’autant qu’il était possible légalement (deux fois +1,5%). Et lorsque le loyer n’est pas élevé, ce sont bien souvent les charges qui écrasent les habitant.es des « passoires thermiques ». Les études récentes montrent qu’actuellement, plus on est pauvres moins on a de chances d’obtenir un logement social, à cause du prix du loyer et des charges2. Comment allez-vous vous y prendre pour faire baisser les loyers dans le parc privé et social ?

Pour endiguer le flot ininterrompu de familles jetées à la rue, vous savez sans doute qu’un maire peut prononcer la réquisition de locaux nécessaires au logement et à l’hébergement de personnes sans abri, en cas d’urgence, de trouble à l’ordre public et à titre exceptionnel selon l’article L.2212-2 du code général des collectivités territoriales. A Grenoble, plus de 10.000 logements sont vacants3, dont de nombreux logements sociaux comme chacun.e peut le constater. Au vu de l’augmentation grandissante du nombre de sans-abris à Grenoble (environ 6.000 ayant fait appel au 1154), de l’urgence de leur situation, telle celle des habitants du bâtiment municipal occupé à la Bruyère confrontés à l’incendie début août, et dans un contexte de crise sanitaire, allez-vous demander au maire d’utiliser la loi de réquisition ?

A Grenoble comme dans toute les grandes villes de France, la place laissée aux promoteurs de l’immobilier est belle et le secteur du bâtiment s’y porte bien. Mais le nombre de demandeurs de logements sociaux augmente chaque année de plus en plus tout comme le nombre de grenoblois.es en demande de mutations5, et les délais s’allongent6. Pour cause, Grenoble n’ayant toujours pas atteint le nombre légal de logement sociaux exigé par la loi SRU7, et la demande de logements HLM à très bas loyer sans aucune comparaison avec l’offre actuelle8. Pourtant, les bailleurs HLM sont autorisés à vendre au privé, par exemple à Saint Bruno (Grenoble Habitat), ou à l’Abbaye (Actis) et à la Villeneuve les démolitions de logements de bonne qualité et peu chers sont plus que jamais d’actualité. Cette politique du laisser-faire au mieux, de la complicité au pire, provoque le départ forcé des classes populaires de la ville-centre ainsi que son embourgeoisement progressif. Pourtant les habitant.es des quartiers populaires sont mobilisé.es mais méprisé.es : les résultats du RIC de l’Arlequin où le « NON AUX DÉMOLITIONS » l’a largement emporté avec un taux de participation bien supérieur aux dernières municipales, n’a pas été pris en compte et encore moins utilisé face à l’ANRU pour renégocier le projet. Qu’allez vous faire pour empêcher que notre patrimoine commun ne soit plus dilapidé au profit des vautours de l’immobilier et permettre le maintien puis le retour des classes populaires en ville ?

Parmi les moyens d’action, la Ville de Grenoble dispose d’un contingent de 20% des logements sociaux produits et a l’obligation d’en réserver un quart aux demandeurs de logement prioritaires. Le conseil municipal peut également instaurer une surtaxe sur les résidences secondaires (aujourd’hui fixée au minimum légal), ne plus subventionner les grands groupes immobiliers tels que Bouygues, prioriser les réhabilitations thermiques sans augmenter les loyers…

En tant que conseiller municipal en charge du logement, vous avez de grandes responsabilités vis-à-vis des grenoblois.es. Nous espérons pouvoir démontrer comme vous l’avez vous même dit le 10 juillet 2019 après notre victoire contre la privatisation d’ACTIS « qu’une mobilisation des forces sociales articulée avec l’action d’élu.es progressistes permet de faire bouger les lignes ».

Nous sommes dès à présent disponibles pour échanger avec vous sur tous ces sujets extrêmement importants,

Veuillez recevoir toutes nos salutations militantes,

le DAL 38

1Chiffres en augmentation chaque année d’après « Analyse des besoins sociaux du CCAS de Grenoble » 2018-2019

2« Rapport inter-associatif sur les difficultés d’accès au parc social des ménages à faibles ressources », Juin 2020

3« Analyse des besoins sociaux du CCAS de Grenoble » 2018-2019

4Chiffres en augmentation chaque année d’après « Analyse des besoins sociaux du CCAS de Grenoble » 2018-2019

5Environ 7.000 foyers actuellement attendent un HLM à Grenoble en premier choix dont 2.000 n’ont pas de logements personnels, et 17.000 dans toute la Métro, dont la moitié environ en demande de mutation.

618 mois en moyenne selon le Dauphiné Libéré du 09 juin 2018

723,4 % de logements sociaux au lieu de 25 % prévus par la loi, soit un manque de 1.300 logements HLM selon le Dauphiné Libéré du 18 décembre 2019

8Pour donner une idée, la Métro compte environ 50.000 foyers dits « pauvres » mais seulement 30.000 logements dont le loyer serait abordable d’après l’« évaluation de la politique de l’habitat de Grenoble-Alpes Métropole 2017 »

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