Lettre ouverte aux mairies iséroises : protections périodiques et produits d’hygiène pour tout-e-s

Précarité menstruelle.

Voilà trois semaines que le confinement dure. Dans ce laps de temps, de nombreux témoignages nous sont parvenus, révélant l’absence des protections périodiques dans les colis de première nécessité. Alors qu’un nombre important de femmes et minorisé -e-s de genre, SDF, migrant-e-s, sans papiers, étudiant-e-s, subissent déjà une situation de précarité menstruelle, l’accès à ces objets essentiels est rendu encore plus difficile avec les mesures de confinement.

Si un trop grand nombre d’individu-e-s subissent encore la précarité menstruelle, c’est entre autres car le prix de ces objets reste extrêmement élevé. La taxation sur les protections périodiques est passée en 2015 de 20% à 5,5 ̈%. Cette baisse est notable, mais ce n’est pas suffisant : on calcule 80 euros de dépenses pour les protections périodiques par an à minima, et il s’agit là des produits les moins chers du marché, de qualité moindre, voire toxiques.

Un tabou persistant

Depuis quelques jours, plusieurs médias ainsi que des témoignages sur les réseaux sociaux relatent qu’un nombre conséquent de personnes a été verbalisé par des policiers, qui ont considéré que l’achat de tampons, de serviettes périodiques (et de tests de grossesse) n’était pas de première nécessité. 3 Que faire face au comportement sexiste des forces de l’ordre qui sont, à écrasante majorité, des hommes cis genre, non-concernés par les règles ?
Comment est-ce possible que les forces de l’ordre – et par extension, l’état et les pouvoirs publics – méprisent nos corps, nos réalités, en nous refusant arbitrairement l’accès à ces objets/produits absolument essentiels ?

Nous avons un élément de réponse : le mépris de la police est une des manifestations du sexisme qui pèse fortement sur la problématique des règles et se caractérise, entre autres, par l’injonction au silence. Non, le tabou est loin d’être levé, car en 2020, il est encore compliqué de parler des règles dans l’espace public comme dans les espaces privés sans être jugé-e sale ou innaproprié-e. 4 Ceci a pour conséquence une ignorance persistante et grave.

Par exemple, l’appréhension, la verbalisation et la compréhension du syndrome prémenstruel, (très variable en fonction des individu-e-s) sont toutes récentes et nous le devons majoritairement au partage d’expérience sur les groupes et les pages militantes 5 , principalement car c’est encore dévalué et méprisé par une large majorité du corps médical. Tout comme l’endométriose, qui touche environ 1 personne réglée sur 10 6 et fait l’objet de très peu de recherches. De plus, il n’y a qu’une très faible quantité d’informations sur le fait que les femmes cis-genres ne sont pas les seules à avoir leurs règles, et que cela concerne aussi certaines personnes trans, non binaires et intersexes 7 . Il est évident que tout cela est le résultat d’une perspective masculine cis-genre sur le corps, la médecine et la recherche scientifique.

Des mesures nécessaires

Du 3 au 8 juin 2019, la mairie de Grenoble a co-organisé avec des associations locales une collecte de serviettes périodiques pour aider les personnes dans la précarité, et soulever le tabou des règles. Nous saluons cette démarche. Nous nous permettons cependant d’interroger sa ponctualité, et insistons sur le fait que ces dispositifs doivent absolument être rendus pérennes et être mis en place dans toutes les municipalités Iséroises. De plus, nous devons réfléchir à la fortification de ces dispositifs, qui ne doivent pas laisser pour compte les personnes empêchées, qui ne vont pas d’elles mêmes toquer à la porte des associations.

Il faut impérativement que les municipalités Iséroises mettent ces enjeux au cœur de leurs politiques. Nous représentons plus de 52% de la population et parmi nous beaucoup ont eu, ou auront leurs règles à un moment de leur vie. Nos problématiques ne sont pas secondaires.

Nous demandons à ce que des protections périodiques soient systématiquement distribuées avec les colis, par toutes les municipalités en Isère.

Noustoustes38 – noustoutes38@gmail.com – Fb et tw : @NousToustes38

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