Lettre aux républicains sur le saccage de leur local

Effectivement, il s’agit en premier lieu de dégoût. Nous n’oublions pas que vous êtes l’un des tenants de la politique de l’austérité, celle qui met les gens sur la paille, qui pousse au suicide ou à la dépression. Que vous étiez dans la rue, dans les « Manif pour tous », afin de défendre un ordre moral et catholique profondément réactionnaire.

Que vous vous accommodez fort bien de l’état d’urgence, qui vous offre l’opportunité de laisser aller vos relents racistes en défendant des politiques toujours plus sécuritaires (légitime défense des policiers, fermeture des frontières, on en passe et des malheurs). Que votre moralisme sur la délinquance nous fait bien rire, quand on voit le nombre d’inculpés qui composent vos rangs. Que l’idéologie que vous incarnez, c’est la mort de la diversité. Nous ne nous retrouvons pas, comme tant d’autres, dans votre schéma colonisateur et capitaliste de « la vie » : une famille blanche hétéro’ et ses enfants, une existence à travailler, et surtout fermer sa gueule et accepter l’ordre établi.

Nous ne sommes pas dupes du fait que votre politique n’est pas bien différente de celle d’autres partis : comme eux, vous êtes les sentinelles d’un ordre marchand où c’est le fric qui régule les rapports humains ; comme eux, vous contrôlez le pouvoir de l’appareil d’état pour assurer vos petites magouilles sordides.

Mais alors, nous direz-vous, pourquoi ne pas exprimer ces désaccords dans le cadre réglé et traditionnel du jeu « démocratique » ? Parce que nous sommes du côté des précaires, des chômeurs, des sans- voix, des exploités, des sans-papiers, des dégenrés, et que nous avons d’autres formes d’action et d’organisation que les vôtres.

Le sabotage et la destruction matérielle ne sont que des formes parmi d’autres que nous employons chaque jour pour tenter de survivre ou de s’opposer au rapport de force que vous contribuez à imposer au quotidien à travers l’économie, le sexisme, le « racisme décomplexé », et votre monde sécuritaire et identitaire. Là où vous réduirez certainement cet acte à de la pure violence gratuite, nous y voyons un geste émancipateur, une manière d’exprimer notre colère et de soulager symboliquement une part de l’oppression vécue chaque jour. Au contraire, la violence, c’est votre ordre, votre mépris, votre indifférence.

Là où vous appelez à voter pour nous déposséder une fois de plus de notre capacité à agir, nous répondons que nous refuserons de déléguer une part de notre liberté, de nous soumettre à votre mascarade. Nous appelons plutôt à un renversement du rapport de force pour cesser de subir l’état des choses présentes. Cette nuit, nous nous en sommes pris à un parti, mais c’est tout l’appareil politique qui est visé. Nous appelons à la multiplication d’autres formes d’organisation et de ces gestes pour que la peur change de camp.

Merde à toute forme de gouvernement.

Pas d’élections sans révolte.

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