Ça soulève du lourd

Tribune en réaction à l’appel des femmes de flics

Des camarades ont écrit un texte en réponse à l’appel des femmes de flics. Si des collectifs ou des personnes veulent signer d’ici ce we, vous pouvez écrire à assia.wcp@gmail.com et/ou faire tourner dans vos réseaux.

Appel des femmes contre les violences et crimes policiers et en soutien aux familles des victimes et aux militant.es en lutte

Nous apprenions récemment via le journal Libération qu’un collectif de « Femmes de flics en colère » lançait un appel pour soutenir leurs conjoints et « faire entendre (leur) désarroi en tant qu’épouses, filles ou mères de flics ».
Nous, femmes, militantes féministes, anti-racistes, soutenant les luttes contre les violences et crimes policiers, dénonçons ce qui se présente de toute évidence comme une tentative lamentable de contrecarrer l’implication et la présence visible des femmes dans l’ensemble des dernières mobilisations, qui grâce à leurs combats sont parvenues à mettre en lumière les violences, crimes, agressions et exactions commises au quotidien par les forces de l’ordre et faire émerger un rapport de force politique et médiatique.

« La veuve et l’orphelin » ou le fascisme qui vient ?
Souhaitant s’inscrire dans l’agenda électoral des présidentielles, cet appel s’accompagnant d’une invitation à une manifestation le 22 avril ne fait pas que nous indigner : il nous inquiète. Si le mouvement se revendique apolitique, ses meneuses ne laissent pour autant aucun doute sur leur proximité, a minima idéologique, avec les courants d’extrême droite. Le slogan « pro patria vigilante – ils veillent pour la patrie » arboré sur le logo du collectif des « Femmes de Forces de l’Ordre en Colère » est d’ailleurs loin d’être équivoque sur l’inscription du mouvement dans une rhétorique fascisante. Ceci n’est d’ailleurs pas sans nous rappeler les manifestations de ces policiers armés et masqués et les appels à marcher sur l’Elysée en fin d’année dernière. Nous sommes conscientes que l’extrême-droite, l’état policier et leurs allié.es n’ont jamais été compagnons des luttes et des revendication de l’émancipation des femmes et de leur droit à disposer réellement, pleinement et entièrement d’elles-mêmes.
En tant que femmes, militantes féministes, anti-racistes, soutenant les luttes contre les violences et crimes policiers nous affirmons que nous nous ne sommes pas dupes des ennemis des féminismes, y compris lorsqu’ils se présentent avec le visage « respectable » de la femme éplorée.

Les forces de l’ordre ne sont pas menacées : elles sont avant tout menaçantes.
Sur-équipées, sur-armées, protégées par l’ensemble des institutions judiciaires et étatiques, les forces de l’ordre, loin d’être en situation d’être menacées, sont avant tout menaçantes pour une grande partie de la population. Chaque année, une vingtaine de personnes meurt sous les coups, les balles ou en tentant d’échapper à la police française. « Théo et Adama nous rappellent pourquoi Zyed et Bouna couraient » a-t-on pu entendre lors de récentes mobilisations. Nous pensons également à Lamine Dieng, Amadou Koumé, Houcine Bouras, Shaoyo Liu, Angélo Garand et à tous ceux dont nous n’avons pas la place d’honorer la mémoire ici, et dont la vie s’est arrêté après avoir croisé le chemin d’un policier et arrêtant collatéralement celles de leurs mères, femmes et sœurs.
La possibilité pour les forces de l’ordre d’agir au-dessus des lois est d’une part de plus en plus légitimée par le renforcement du tout-sécuritaire et d’autre part, loin de se remettre en cause lorsque des crimes sont commis, c’est sur les familles de victimes et ceux qui les accompagnent que s’abattent les forces répressives. Alors que les corps et les esprits de bien nombreuses personnes portent quotidiennement la marque de ces exactions, nous refusons de donner tout crédit à un discours qui laisse entendre que la police est aujourd’hui la première victime des violences. Nous connaissons parfaitement bien cette rhétorique fallacieuse qui consiste à faire porter la responsabilité de l’existence des agresseurs et des agressions aux agressés eux-mêmes. Elle nous est appliquée depuis bien longtemps chaque fois que nous dénonçons les violences qui nous sont faites et nous les rejetons avec fermeté.
Les luttes des femmes visent à en finir avec les violences, non à les encourager.
En tant que femmes, militantes féministes, anti-racistes, soutenant les luttes contre les violences et crimes policiers, nous savons que nous n’avons rien à gagner et tout à perdre à la surenchère de l’incarnation d’un virilisme sans foi ni loi, expression d’une domination coloniale et masculine dont nous n’avons de cesse de dénombrer les victimes. Les revendications favorisant les violences telles que celles visant à libéraliser de plus en plus le port d’arme, ou à étendre toujours plus la définition légale de la légitime défense, constituent une menace pour toutes les femmes, y compris, d’ailleurs, les compagnes de policiers. Les pratiques quotidiennes des forces de l’ordre dans les quartiers populaires sont à cet égard loin d’être neutres ; harcèlement, humiliations à connotation sexuelle, viols : la domination policière et raciste tire racine d’une domination masculine. Nous affirmons que la lutte contre les violences et meurtres policiers, et contre le racisme sont accompagnatrices des luttes féministes et que dans une même logique en finir avec les violences et meurtres policiers c’est mettre à terre une partie de ce qui nous tient tous et toutes en joue.

C’est pourquoi aujourd’hui c’est en tant que femmes que nous lançons un appel à nous organiser, à dénoncer ensemble le visage féminin du soutien aux policiers, leurs actions et exactions et à soutenir l’ensemble des mobilisations et actions qui sont menés par les familles des victimes et les militant.es en lutte.

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