Pour la première fois, l’Aquarius refuse d’obéir aux ordres des garde-côtes libyens

Pour la première fois depuis leur présence en Méditerranée, les membres du navire humanitaire Aquarius, affrété par SOS Méditerranée, ont refusé d’obéir aux ordres des garde-côtes libyens : ces derniers leur avaient demandé, le 20 septembre, de transborder sur leur bateau libyen des migrants que l’ONG avait secourus.

"Conformément à la Convention SAR [zone de recherche et de sauvetage, ndlr], nous ne pouvons ni ne devons transférer des personnes secourues aux garde-côtes libyens", écrit l’Aquarius, dans un email envoyé aux autorités portuaires libyennes.

L’ONG SOS Méditerranée répète inlassablement le même credo depuis des mois. "La Libye ne peut être considérée comme un port sûr. Nous ne ramènerons jamais les migrants secourus en Libye", a encore déclaré l’ONG, joint par InfoMigrants.

UPDATE Le JRCC Libye a dit à l’#Aquarius de transférer les rescapés sur un patrouilleur Libyen. La Libye n’étant pas à l’heure actuelle reconnue "lieu sûr" (place of safety), l’Aquarius a répondu qu’il ne pouvait pas légalement transborder des personnes qui y seraient renvoyées pic.twitter.com/y0Ugomorwp
— SOS MEDITERRANEE France (@SOSMedFrance) 15:50 - 20 sept. 2018

Que s’est-il passé ? Dans la matinée du 20 septembre, l’Aquarius repère, au large des côtes libyennes, une embarcation en difficulté avec 11 personnes à bord. L’équipage suit alors la procédure officielle et contacte le centre de contrôle maritime libyen (JRCC). Depuis la mi-juin, les opérations de sauvetage dans la zone de détresse de la Méditerranée appelée "SAR zone", ne sont en effet plus gérées par le MRCC italien, sorte de tour de contrôle maritime chargée de coordonner les actions de secours en mer. Ces missions sont désormais gérées par Tripoli.

>> À lire sur InfoMigrants : http://www.infomigrants.net/fr/post/12044/reperes-mais-pas-encore-sauves-la-realite-des-migrants-a-la-derive-en-mediterranee

Les autorités libyennes ne répondent pas. Sans réponse, l’Aquarius avertit alors les autorités italiennes que le navire s’apprête à procéder au sauvetage. Une fois les migrants en sécurité à bord, les humanitaires reçoivent finalement un email du JRCC libyen. "En tant qu’autorités libyennes, nous assurons la coordination des secours. Nous allons dépêcher un navire afin de récupérer les migrants", écrivent les autorités portuaires. "Nous vous ordonnons de vous diriger vers Zaouïa [ville côtière libyenne, NDLR] pour un rendez-vous avec la patrouille libyenne".

"Que l’Aquarius aille où il veut, mais pas en Italie"

L’Aquarius refuse catégoriquement le transfert. "Nous avons toutes les raisons de croire qu’aucun des ports libyens ne constitue un lieu de sécurité pour les rescapés", fait savoir l’équipage du navire humanitaire aux autorités libyennes, italiennes et maltaises. "Nous avons également toutes les raisons de croire qu’une opération de transfert mettrait en danger la sécurité des personnes secourues et de mon équipage en raison de risque de panique". La Libye a dit prendre note du refus de l’Aquarius.

Sur Twitter, le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, a déjà pris les devants. Il estime que l’Aquarius" a refusé de collaborer avec les garde-côtes libyens". "Maintenant il erre en Méditerranée. Je le dis et je le répète : qu’il aille où il veut mais pas en Italie, les ports sont fermés", a ajouté le ministre.

La #Aquarius2 ha recuperato una decina di persone in acque sar libiche, a poche miglia dalla terraferma, ma si è rifiutata di collaborare con la guardia costiera di Tripoli. Ora vaga nel Mediterraneo.
Lo dico e lo ribadisco : vada dove vuole, ma non in Italia. #portichiusi
— Matteo Salvini (@matteosalvinimi) 19:22 - 20 sept. 2018

Actuellement, le navire humanitaire reste dans la zone de sauvetage et ne cherche pas un port de débarquement. "Nous avons encore de la place à bord et nous savons que nous allons devoir procéder à d’autres sauvetages dans les jours qui viennent", précise à InfoMigrants Julie Bégin, porte-parole de SOS Méditerranée.

Reste à savoir où seront débarqués les rescapés. "Nous ne savons pas, nous verrons au moment voulu", conclut-elle.

Depuis plusieurs mois, les autorités italiennes et maltaises refusent d’ouvrir leurs ports aux navires humanitaires. Des refus qui ont entraîné des dissensions au sein de l’Union européenne – toujours aussi déchirée sur la politique à adopter pour faire face à l’afflux de migrants.

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