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Le sionisme n’est pas une cause féministe !

Le sionisme n’est pas une cause féministe !

Ce qu’il s’est passé le 8 mars avec le collectif sioniste “Nous vivrons”

Ce 8 mars 2024, le groupe sioniste “Nous Vivrons”, soutien de la politique coloniale et violente du gouvernement israélien de Benyamin Netanyahou, a exigé d’avoir un cortège dans les manifestations féministes. En venant provoquer le mouvement féministe, en nous sommant de nous positionner du côté d’Israël à coup de chantage médiatique, “Nous Vivrons” déroule son agenda politique en instrumentalisant, une nouvelle fois, la lutte contre les violences faites aux femmes pour justifier leur narratif.

À Bordeaux, “Nous Vivrons” a demandé à manifester aux côtés de collectifs féministes qui n’auraient pas signé l’appel local et international au soutien du peuple palestinien. Le mouvement féministe a refusé leur participation et leur a signifié en amont par mail, avec le soutien de l’intersyndicale locale, co-organisatrice de la manifestation du 8 mars. Le groupe sioniste a malgré cela essayé d’infiltrer la manifestation, sans succès, et s’est dispersé sans heurt.

À Paris, le cadre unitaire “Grève féministe” craignait de se faire accuser d’antisémitisme dans les médias s’il refusait la présence de “Nous Vivrons”. Cédant au chantage médiatique, il a accepté de leur faire une place dans le cortège. Le collectif a pu manifester avec un service d’ordre violent et provocateur envers les manifestant·es défendant les droits de la Palestine et des palestinien·nes. Plusieurs agressions ont pu être constatées, entraînant blessures et hospitalisation.

Les sionistes instrumentalisent le féminisme

Suite au 8 mars, “Nous Vivrons” a fait le tour des médias afin de renforcer leur position, donnant une place encore plus importante au discours pro-colonisateur israëlien et disqualifiant les soutiens, notamment féministes, à la Palestine. Leur tactique est assez claire : ce groupe accuse en avance le mouvement féministe d’être antisémite, amalgame antisémitisme et antisionisme dans leurs différentes interventions, puis vient provoquer des heurts, notamment au travers de leur service d’ordre, dans nos manifestations, afin de valider a posteriori leur idéologie.

Nous réaffirmons haut et fort que les amalgames entre antisionisme et antisémitisme ne sont pas tolérables et sont une des causes de l’augmentation de l’antisémitisme en France.

Pour nous, il est clair que “Nous Vivrons” est un collectif sioniste et suprémaciste. Ce collectif milite pour la reconnaissance des violences commises contre les israélien·nes mais ne remet jamais en question la colonisation, les violences sexuelles commises par l’armée israélienne sur les femmes palestiniennes, ni ne se scandalise du génocide en cours. Nous dénonçons l’instrumentalisation par les groupes sionistes et pro-sionistes de nos corps, des violences que nous pouvons subir et de nos identités, pour légitimer la colonisation et le génocide en cours actuellement à Gaza.

Ces groupes instrumentalisent aussi par leurs amalgames les corps des juif·ves, les violences qu’iels subissent et ont subi, et cherchent à faire taire toute voix juive qui ne défend pas leur projet colonisateur et génocidaire. De même, ils justifient ce qui se passe en Palestine “au nom de l’amour”, pour la défense des femmes et personnes LGBTQIA+ israéliennes et occidentales : face aux menaces que représenteraient les palestinien·nes, présenté·es comme un peuple barbare, réactionnaire, alors tout serait justifiable.

Nous refusons également ce double standard qui consiste à rendre valable et digne d’être défendus les corps et les vies des israélien·nes, mais pas les corps ni les vies des palestinien·nes. Alors qu’il est sans cesse demandé au mouvement de solidarité avec la Palestine de dénoncer les crimes du 7 octobre, il n’est jamais demandé aux sionistes de dénoncer le génocide en cours. Ce double standard déshumanise les palestinien·nes et constitue une volonté du gouvernement israélien et de leurs soutiens de rendre acceptable par l’opinion publique la colonisation, le nettoyage ethnique et le génocide du peuple palestinien.

Le sionisme est un fémonationalisme

En tant que féministes, nous déployons des stratégies pour abolir toutes les violences. Nous avons la responsabilité de lutter contre le fémonationalisme qui, sous couvert de lutte contre certaines violences sexistes et sexuelles, soutient des systèmes de colonisations racistes et génocidaires comme en Palestine, et qui, en France, justifie des violences racistes et islamophobes.

Ce n’est pas parce que les pancartes de “Nous Vivrons” étaient tenues par des femmes que leur présence dans nos manifestations était acceptable. Nous défendons que la lutte féministe ne peut pas être réduite à la lutte des femmes contre les hommes mais qu’elle est bien la lutte contre des systèmes de domination et de violence dont le sionisme fait partie, en tant que système colonisateur et d’apartheid. “Nous Vivrons” instrumentalise les corps de toutes les femmes, en revendiquant leur droit à être présent·es dans une manifestation féministe sur cette simple base. De fait, les femmes du collectif instrumentalisent leurs propres corps au service du sionisme. C’est une position essentialiste, qui rappelle celles du groupe “féministe” d’extrême droite Némésis qui réclame le même droit sur la même base. Nous refusons d’entrer dans ce jeu essentialiste, il faut voir en ces groupes leur positionnement politique avant leur genre.

Pour toutes ces raisons, le cadre unitaire national “Grève féministe” n’aurait jamais dû accepter leur présence dans la manifestation parisienne. Il n’est pas possible, si nous nous revendiquons féministes internationalistes et anticolonialistes, de transiger avec le sionisme. Il est impensable d’être féministe et du côté de la colonisation et du génocide. C’est cette décision qui a mis en danger des manifestant·es féministes pro-palestinien·nes et qui divise le mouvement féministe. Car désormais, les forces réactionnaires cherchent à trier les “bonnes”, des “mauvaises” féministes. Celles qui pensent qu’on peut mettre de côté notre empathie le temps d’une manifestation et accepter un collectif qui soutient des génocidaires pour l’apaiser, et celles qui considèrent que nos principes ne sont pas à monnayer contre la paix médiatique, et qu’en matière de massacre d’une population on ne doit jamais commencer à bégayer au risque de ne plus savoir comment parler.

Pour un féminisme décolonial, non-essentialiste et anticapitaliste : grève féministe !

Nous tenons à réaffirmer clairement qu’il existe une pluralité de communautés et de voix juives que le sionisme médiatisé et tapageur de “Nous vivrons” doit cesser de silencier. Les féministes juives qui luttent contre toutes formes d’oppression ont toute leur place dans nos cortèges féministes, elles doivent y être et y seront en sécurité. Notre position est sans ambiguïté : pas de lutte féministe sans lutte contre le racisme, l’antisémitisme et le colonialisme.

Nous condamnons les viols et les violences commises contre les femmes israéliennes et palestiniennes tout comme l’utilisation du viol comme arme de guerre. Nous savons que la fin des violences en Palestine et en Israël n’adviendra qu’avec un cessez-le-feu, la fin de la colonisation et du blocus, et le droit pour les palestinien·nes de vivre dignement et librement sur leur terre.

Pour nous, l’outil de la grève féministe est précisément celui qui peut et doit permettre de construire des alliances avec les mouvements qui luttent contre le racisme et pour les droits des peuples à être libres, parce que la grève met au centre les capacités d’actions des femmes et minorités de genre à retourner leur position de subalterne pour tout arrêter et tout repenser. Il s’agit donc d’un outil politique qu’on ne peut pas construire avec les courants fémonationationalistes, parce qu’on ne peut pas lutter contre l’oppression main dans la main avec l’oppresseur.

Par ce texte, nous revendiquons haut et fort que majoritairement le mouvement féministe en France est pro-Palestine, en soutien aux opprimé·es, et ne transige pas avec ce principe !

Nous appelons à continuer à tisser des liens et des alliances entre nos mouvements féministes et les mouvements contre le racisme, contre l’antisémitisme et contre la colonisation, dans de vastes mouvements féministes anticapitalistes et décoloniaux pour les droits des peuples à disposer d’eux-mêmes !

La libération de la Palestine est une cause féministe !

Signataires :

Allumeuses
Assemblée Féministe Paris Banlieue
Assemblée Féministe Transnationale
Association Adelphi’Cité Marseille
Association Nouvelles Rênes
Ag feministe chambéry
AG Feministe Gironde / Bordeaux
CLAC – Nantes
CLF Montreuil
CNT 35
CNT 38
Collages Féministes Aix en Provence
Collages féministes Bordeaux
Collages féministes Montluçon
Collages féministes de Rouen
Collages Féministes Strasbourg
Collective FFFRAC Mantes la Jolie 78
Collectif des Mésanges Lodève (34)
Collectif féministe LA GRENADE, Metz
Collectif lillois de luttes féministes
Comité de soutien à Hanane Ameqrane
Commune Vision ; Rennes
Du Pain et des Roses
Emancipation tendance intersyndicale
Extinction Rébellion Grenoble
Féministes4jina.Paris
Féministes Révolutionnaires Paris
GARCES, Paris
Groupe d’Action Féministe Rouen
Groupe féministe de Fougères
Kollectif Kuné
Kessem, juives décoloniales
La Bulle – Rennes
La Relève Féministe
La Pride des Banlieues, Saint-Denis
Le Parti de Gauche ille-et-vilaine
Les Affolé-e-s de la Frange (Limoges)
Les inverti·e·s
Les Jeunes Insoumis•es de Grenoble
Les Ourses à plumes
Marseille 8 Mars
Mésanges
Mouvement des mères isolées
MNL13
#NousToutes
NousToutes 06
Nous Toutes 27
NousToutes33 (Bordeaux)
NousToutes35 (Rennes)
NousToustes38 (Grenoble)
NousToutes79
Nous Toutes 95
Nous Toutes Juvisy
NousToutes Lorient (56)
Noustoustes Marseille
Nous Toutes Nord Essonne
Nous Toutes Paris 13/14
Nous Toutes Paris Nord (9/10/18e)
Nous Toutes Pays Basque
Nous Toutes Roanne
NousToutesUnistra (Strasbourg)
NousToutes Saint-Malo
Nous Toutes Vannes
NPA Rennes
Ouvrons les Guillemets
PEPS
Sciences Palestine
Solidaires étudiant-es Grenoble
Solidaires Informatique 35 (Rennes)
Sud santé 38
Sud santé social
Support Transgenre Strasbourg
Team sama – Mont de Marsan
Union Communiste Libertaire

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