L’œuvre négative du colonialisme français en Kanaky : Une tentative de génocide par substitution

L’œuvre négative du colonialisme français en Kanaky : Une tentative de génocide par substitution

Publié le 16 avril 2018 par S Bouamama sur son blog https://bouamamas.wordpress.com/2018/04/16/loeuvre-negative-du-colonialisme-francais-en-kanaky-une-tentative-de-genocide-par-substitution/

La date du référendum d’autodétermination de la Kanaky[i] est enfin fixée au 4 novembre 2018. Ce référendum obtenu par les accords de Nouméa de 1998 a connu de nombreuses péripéties : conflit sur la composition du corps électoral avec l’exclusion de 25 000 électeurs kanak, conflit sur la formulation de la question posée avec la tentative d’imposer en implicite une élimination de la perspective d’une indépendance totale[ii], nomination de Manuel Valls comme président d’une « mission d’information sur la Nouvelle-Calédonie » et déclarations publiques anti-indépendantistes de celui-ci, etc. L’histoire longue et récente de l’archipel souligne son importance économique et stratégique pour le colonialisme français. Celui-ci mettra tout en œuvre pour maintenir sa mainmise sur cette colonie de peuplement dans laquelle a été tentée une tentative de génocide par substitution. Résumant l’attitude de l’Etat français devant le comité de décolonisation des Nations-Unies, Roch Wamytan président du groupe UC-FLNKS et nationalistes au congrès de Nouvelle-Calédonie déclare ainsi en mai 2015 : « sous couvert de démocratie, nous pouvons déceler des manœuvres d’un Etat tentant d’assurer sa domination tout en faisant bonne figure devant la communauté internationale[iii]. »

L’histoire longue d’une colonie de peuplement

« Je soussigné, Auguste Febvrier-Despointes, contre-amiral, commandant en Chef des Forces Navales Françaises dans la Mer Pacifique, agissant d’après les ordres de mon Gouvernement, déclare prendre possession de l’île de la Nouvelle-Calédonie et de ses dépendances au nom de S.M. Napoléon III, Empereur des Français. En conséquence, le pavillon français est arboré sur ladite île de Nouvelle-Calédonie qui, à compter de ce jour 24 septembre 1853, devient, ainsi que ses dépendances, colonie française[iv] ». C’est par ces mots que la France napoléonienne annexe « l’île et ses dépendances » avant d’en faire de même et avec des termes similaires pour l’île des Pins quelques jours plus tard, le 29 septembre. Dès ses débuts l’annexion revêt une dimension stratégique pour le colonialisme français que relance Napoléon III dès son arrivée au pouvoir. Il s’agit de développer la présence militaire française dans le pacifique face à une Angleterre quasi-hégémonique dans la région. Contrairement à ce qui est fréquemment affirmé, ce n’est pas le seul besoin d’une nouvelle « colonie pénitentiaire » pour éloigner de France les bagnards et opposants politiques, qui est la cause réelle de la colonisation de l’archipel mais bien la rivalité entre les deux premières puissances industrielles pour la domination du monde. Voici comment la chercheuse en sciences politiques spécialiste du pacifique Sud, Nathalie Mrgudovic, résume ce qu’elle appelle « les premiers fondements de la présence française dans la région » :

Ceux-ci s’inscrivaient alors directement dans un climat de rivalité avec la Grande-Bretagne. Il s’agissait en effet pour la France d’affirmer sa puissance, essentiellement par l’expansion coloniale. La prise de possession des îles Marquises et l’instauration d’un protectorat sur Tahiti en 1842 constituèrent ainsi les premières étapes d’une politique de présence que la France poursuivie en Nouvelle-Calédonie, à Wallis et Futuna pour s’achever en 1906 aux Nouvelles-Hébrides avec la mise en place d’un Condominium franco-britannique[v].

Dès le début le modèle choisi est celui d’une colonisation de peuplement basée sur la disparition progressive des indigènes et leur remplacement par une population européenne. La « Nouvelle-Calédonie » est destinée dans de nombreux discours et projets de l’époque à devenir « l’Australie de la France » avec le même sort pour les kanak que celui imposé aux aborigènes. Voici par exemple ce que propose le « projet de colonisation » du capitaine au long cours Maximilien de Las Cazas en 1855 : « Il faut laisser grande ouverte la porte à l’immigration en répandant le bruit que la colonie regorge d’or. De la sorte nous drainerons vers notre jeune possession océanienne une partie du courant d’hommes qui a déversé tant de richesses sur les territoires anglais d’outre-mer. Quelques-uns de ceux-ci risquent de se faire dévorer ? La belle affaire, on ne colonise pas avec des enfants de chœur ![vi] »

L’ouverture du bagne en 1864 s’inscrit dans cette volonté de peupler la nouvelle colonie par des européens. L’éloignement de la nouvelle colonie limite en effet fortement à l’époque un peuplement colonial sur la base du volontariat. La colonie pénitentiaire se dote d’une « vocation « humanitaire » où les déportés doivent trouver une forme de rédemption par le travail[vii] ». Le peuplement colonial par des volontaires ou par des anciens bagnards sur une vaste échelle suppose logiquement une politique d’expropriation terrienne des indigènes. Ceux-ci seront tout simplement refoulés puis enfermés dans des réserves closes et soumis au régime d’exception du « code de l’indigénat » qui restera en vigueur jusque 1946 :

Ce régime leur interdit de quitter le territoire des réserves, les prive de la citoyenneté française et de tous les droits civiques et les exclut du droit commun. Les Kanak ne peuvent sortir des réserves que pour s’acquitter de l’impôt de capitation et du travail obligatoire au profit des colons et du territoire (arrêté du 6 mai 1871 et du 6 mars 1876). C’est le service des Affaires indigènes, davantage fait pour contrôler et tenir en respect les Kanak que pour œuvrer en leur faveur, qui est chargé de l’application de cette réglementation. Ce sont d’ailleurs les gendarmes qui représentent les Affaires indigènes au sein des tribus[viii].

Le coût humain est bien entendu énorme. Si les données manquent pour avoir une vision précise de l’hécatombe, cette dernière est néanmoins incontestable. « L’Île principale de la Nouvelle-Calédonie comptait au moins 100 000 habitants en 1800 ; un siècle plus tard, on n’en recense plus que le tiers » avance une publication de l’UNESCO[ix]. « Entre 1880 et 1920, on passe de 40 000 à 27 000 indigènes[x] » complète le chercheur en science politique Eric Soriano. Il faudra attendre la décennie 30 pour qu’un redressement démographique kanak commence à se faire jour : « La population mélanésienne continua de diminuer. Le recensement de 1901 ne dénombrait plus que 28 800 Mélanésiens, niveau qui sera conservé jusqu’en 1936, avant que la population ne recommence à croître appréciablement[xi]. »

Si les immigrés volontaires et les libérés du bagne augmentent quantitativement dans la population de la colonie, cette hausse est insuffisante pour mettre en minorité les kanak. « En dépit de politiques d’encouragement de l’immigration, en 1901, il y avait seulement 14 200 Européens pour 27 100 Mélanésiens[xii] » résume le géographe Gilles Pestaña. L’encouragement de l’immigration élargira sa sphère en faisant appel, non plus seulement aux français mais aussi aux autres européens, aux asiatiques, aux polynésiens. La mise en exploitation du Nickel à partir de la fin du XIXe siècle accroit encore ce processus :

Pour assurer l’exploitation des mines, les propriétaires ont besoin d’une main d’œuvre qui n’existe pas en Nouvelle-Calédonie. Les colons français sont trop rares, ou trop chers, pour une activité qui nécessite de nombreux bras. Quant aux Kanak, ils déplorent cette exploitation du sous-sol, l’une des demeures des ancêtres, et sont encore peu intéressés par les paiements en numéraire. Il faut donc en chercher à l’extérieur du pays. Pendant un siècle, des milliers d’ouvriers venus d’Asie, d’Europe et de Polynésie sont employés sur les mines. […] Par les importants mouvements migratoires qu’elle a engendrés, l’industrie minière est en grande partie à l’origine de la riche diversité ethnique de la population calédonienne[xiii].

« Planter du blanc »

Le peuple kanak ne reste bien entendu pas passif face à cette oppression et cette violence coloniale. La résistance fut multiforme allant du refus du salariat dans les mines de nickel à la préservation de l’identité et des langues kanak en passant par le refus du christianisme, par des révoltes localisées récurrentes et par deux grandes insurrections en 1878 et en 1917. Entre la « prise de possession » française de 1853 et la grande insurrection de 1878, on compte 25 soulèvements armés localisés contre Le colonisateur. A l’origine de ces révoltes se trouve, bien entendu, la question de la spoliation terrienne : « En Nouvelle Calédonie, la terre devient vite un enjeu central […] En avril suivant (1856), le gouvernement français institue le régime des concessions qui réserve aux Kanak un dixième des terres. […] Dès lors et jusqu’en 1917, la question foncière suscite des tensions et des révoltes régulières des populations kanak[xiv] » résume l’historienne Sarah Mohamed-Gaillard.

La continuité de la résistance kanak à la colonisation et la multiplicité de ses formes reflètent la recherche d’une opposition efficace à un ennemi disposant de moyens techniques militaires sans commune mesures avec les armes des guerriers kanak. Cette recherche inscrite dans la durée finie, comme dans de nombreuses autres colonies, par déclencher un processus de construction nationale. Les révoltes de 1878 et de 1917 sont par leurs ampleurs des indicateurs de cette construction nationale suscitée par les limites des révoltes limitées au clan. Analysant la grande insurrection de 1878 l’économiste et historienne Roselène Dousset-Leenhardt constate qu’ « à l’intérieur d’un vaste périmètre, de multiples tribus étaient entrées simultanément en action, ce qui impliquait la mise en œuvre d’un plan décidé à l’avance[xv] ». Elle caractérise à juste titre ces faits comme des signes d’une « conscience collective » qui conduit les kanak de la plainte d’une tribu auprès des autorités coloniales, à l’insurrection générale en passant par la révolte localisée. Pour 1878 la révolte dure plus de dix mois faisant 200 victimes parmi les colons et 1200 parmi les kanak. La répression de l’insurrection de 1878 est impitoyable avec les mêmes constantes de « pacifications » que dans de nombreuses autres colonies : récoltes et villages incendiés, exécutions des prisonniers, déportation des chefs puis des tribus, etc. Le dirigeant de l’insurrection, le chef Ataï, est décapité et sa tête envoyée à Paris au musée d’ethnographie en 1879. Une fameuse prime militaire suffit à résumer la violence de la répression : « En 1878, une prime était donnée pour chaque paire d’oreilles de soi-disant rebelle tué. Comme les soldats apportaient des oreilles de femmes et d’enfants, on édicta qu’il faudrait apporter les têtes et l’on tint état de ces macabres pièces à conviction[xvi] » rappelle l’ethnologue Jean Guiart.

La répression s’accompagne d’une nouvelle dépossession des terres que l’officier français Henri Laurent Rivière, un des responsables de la répression de l’insurrection, résume comme suit : « le gouverneur voulait que les canaques à qui l’on faisait grâce de la vie, abandonnassent l’arrondissement et fussent transportés soit à l’île des Pins, soit aux îles Bélep, dans le Nord. Non seulement cela supprimait les indigènes, mais nous donnait une quantité considérable de terres fertiles[xvii]. » Au total plus de 1500 kanak sont déportés dont certains vers la lointaine Tahiti[xviii].

En 1917 une nouvelle insurrection de grande ampleur dirigée par les chefs Noël et Bouarate dans le nord de la Grande Terre éclate et s’étend rapidement à l’ensemble de la colonie. Si un des déclencheurs est le refus de l’enrôlement forcé dans l’armée française, la cause est sans contexte la situation coloniale en général et la spoliation des terres en particulier. La réponse est une nouvelle fois la répression aveugle avec des mêmes primes à l’assassinat qu’en 1978 avec toutefois un montant réévalué : « En 1917, à la dernière rébellion, la prime était de 20 F pour un prisonnier et de 25 F pour un mélanésien mort ![xix] »

En 1878 comme en 1917 le bilan tiré par l’Etat colonial français reste le même : encourager une immigration nouvelle pour rendre les kanak minoritaires en Kanaky. Les indépendances des pays du Maghreb sont l’occasion d’installer de nombreux pieds noirs. S’ils sont 2600 à faire souche « en essayant d’imposer certaines idées », un projet gouvernemental « prévoyant en 1963 de faire venir 10 000 pieds noirs a été refusé par l’Assemblée territoriale[xx] ». Jusqu’à aujourd’hui cette constante de la politique française sera régulièrement réaffirmée. Il s’agit de « Planter du blanc » pour reprendre une expression du maire colonialiste de Nouméa Roger Laroque en 1970. Deux ans plus tard c’est au tour du premier ministre Pierre Mesmer de résumer comme suit la stratégie coloniale française :

La Nouvelle-Calédonie, colonie de peuplement, bien que vouée à la bigarrure multiraciale, est probablement le dernier territoire tropical non indépendant au monde où un pays développé puisse faire émigrer ses ressortissants (…). La présence française ne peut être menacée que par une revendication nationaliste de populations autochtones (…), l’immigration massive de citoyens français métropolitains ou originaires des DOM devrait permettre d’éviter ce danger (…). A long terme, la revendication nationaliste autochtone ne sera évitée que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une masse démographique majoritaire. Il va de soi qu’on n’obtiendra aucun effet démographique à long terme sans immigration systématique de femmes et d’enfants (…). Sans qu’il soit besoin de textes, l’administration peut y veiller (…). Le succès de cette entreprise indispensable au maintien de positions françaises à l’est de Suez dépend de notre aptitude à réussir, enfin, après tant d’échecs dans notre histoire, une opération de peuplement outre-mer[xxi].

Les Kanak qui représentaient 51.1 % de la population en 1956, chutent à 46 % en 1969 et à 42.4 % en 1983, avant de remonter à 44 % en 1996[xxii]. Le mouvement s’accélère encore par la suite avec l’installation de « 14 000 « métros » entre 2000 et 2004[xxiii] ». Pour la période 2004-2009 une étude de l’INSEE résume comme suit la situation : « Ainsi, entre 2004 et 2009, 18 500 personnes nées hors de la Nouvelle-Calédonie s’y sont installées ; elles sont originaires de métropole pour la plupart (75,5 %), mais aussi de l’étranger (17,3 %), de Wallis et Futuna (4,9 %) ou de Polynésie française (2,3 %)[xxiv]. » Le dernier recensement daté de 2014 visibilise les résultats de ces décennies de politique de colonisation de peuplement, à savoir, la mise en minorité des kanak en Kanaky : 39 % de la population déclarent être kanak, 27 % être européens, 8 % être Wallisiens et Futuniens, 6 % être d’une autre communauté (Tahitiens, indonésiens, vietnamien), etc.[xxv].

Le second héritage de ces décennies de colonisation de peuplement est une composition de la population très différente d’une île à l’autre. Selon les chiffres du recensement de 2014, 94 % de la population des îles Loyauté est kanak, 70 % de celle de la province Nord et seulement 26 % en province Sud[xxvi]. Ces différences de peuplement laissent ouverte l’hypothèse d’un processus « à la Mayotte » pour se maintenir à tout prix dans la région.

« Bloc de Nickel » et « maritimisation »

Il fallait rappeler tous ces chiffres pour mettre en exergue l’ampleur des intérêts en jeu. La détermination à garder la Kanaky française correspond en effet à des enjeux économiques et géostratégiques importants. Sur le plan économique l’importance des ressources en nickel peut se décrire comme suit en 2013 : « La Nouvelle-Calédonie regorge de ressources en nickel […] : 10 % de la superficie du territoire en contient, soit 20 % des réserves mondiales prouvées, voire 40 % des réserves estimées pour les plus optimistes. L’île est donc « un bloc de nickel » : 7.5 millions de tonnes de minerai brut extraites chaque année et 45 000 tonnes de ferro-nickel transformées (9 % de la production de la planète, soit le 5e rang mondial[xxvii]. »

Avec une superficie de 18 500 km², la Nouvelle-Calédonie peut prétendre à une « Zone Economique Exclusive » de 1 740 000 d’espace maritime. Les ressources halieutiques tant côtières qu’hauturières sont importantes. En premier lieu se trouve les ressources de la pêche et en particulier de thons, d’holothuries (concombres de mer) et de crevettes. Essentiellement familiale et artisanale, le secteur de la pêche offre des perspectives de croissance énormes au regard de l’augmentation de la demande mondiale de poisson. Afin de mettre en exergue le potentiel de croissance du secteur, un document de l’Institut d’Emission d’Outre-Mer (IEOM) compare la part de la pêche dans les exportations (1.5 %) avec celle d’autres pays de la région : « En comparaison, les produits de la mer (dont la perliculture) représentent, en 2014, 80 % des exportations polynésiennes (soit plus de 10 milliards de F CFP), 12 % des exportations de Fidji et 13 % des exportations des îles Salomon[xxviii]. »

Les ressources minières et en hydrocarbures du sous-sol marin de Kanaky sont également riches de promesses que l’étude précédemment citée résume comme suit :

Le sous-sol marin de la Nouvelle-Calédonie présenterait en outre, comme ceux de Wallis ou de Papouasie-Nouvelle-Guinée, un ensemble de zones propices à la présence de métaux rares, de cobalt et de manganèse, présents sous forme de nodules polymétalliques, d’encroûtements ou de dépôts sulfurés hydrothermaux. Selon les géologues marins de la DIMENC, plusieurs éléments laissent par ailleurs supposer une éventuelle présence d’hydrocarbures dans le sous-sol marin calédonien. La connaissance du sous-sol marin reste néanmoins très incomplète et ces thématiques ne dépassent pas à l’heure actuelle le stade de la recherche scientifique. Les rares éléments disponibles livrent l’information suivante : la Grande Terre et son prolongement sous-marin appartiennent au continent émergé Zealandia et partageraient à ce titre plusieurs caractéristiques avec le sous-sol néo-zélandais où du gaz et du pétrole ont été découverts dans les années 1960[xxix].

Outre les enjeux économiques liés au nickel et aux ressources de la mer, la question stratégique est également à prendre en compte. La zone Asie-Pacifique est, en effet, le lieu d’une concurrence entre toutes les grandes puissances et en particulier entre la Chine et les Etats-Unis. Les puissances occidentales (USA, Nouvelle-Zélande et Australie) soutiennent en conséquence la France dans sa volonté de demeurer « une nation du pacifique » en dépit de désaccords profond dans le passé comme ceux du Rainbow Warrior et des essais nucléaires français. Résumant les raisons de ce soutient occidental une étude de l’IRIS résume : « face à cette offensive diplomatique et économique chinoise sur la zone océanienne, la France a un rôle essentiel à jouer. Elle renforce la présence américaine et appuie les intérêts australiens et néo‐zélandais, qui convergent avec les siens[xxx]. »

Le sénateur Jeanny Lorgeoux coauteur d’un rapport intitulé « la maritimisation : la France face à une nouvelle géopolitique des océans » invoque pour souligner l’importance « tant stratégique qu’économique et politique » du Pacifique pour la France les facteurs suivants : « une augmentation sans précèdent du nombre de porte-container », « l’épuisement des ressources terrestres » et les « réserves d’hydrocarbures et de minéraux des sous-sols marins » avant d’en tirer la conclusion suivante : « Les océans deviennent un objet de convoitise, faisant de la maîtrise des mers un élément essentiel de la compétition internationale. Demain, une partie de la croissance mondiale viendra de la mer. Ce basculement de la terre vers la mer entraîne des conséquences stratégiques majeures[xxxi]. »

« Top 84 »

C’est dans le cadre de ces enjeux complexes porteurs d’un rapport de forces défavorable aux militants de l’indépendance que s’est ouverte la dernière séquence du combat pour l’indépendance au cour de la décennie 70. Cette nouvelle séquence survient après une phase longue de repli sur la résistance culturelle. Dès 1969 apparaissent les « foulards rouges », une organisation de jeunesse revendiquant l’indépendance. En 1971 c’est au tour du « groupe de 1878 » en référence à la grande révolte anticoloniale du siècle précédent, d’en faire de même. Ces deux organisations fusionnent en 1975 pour donner naissance au premier parti explicitement indépendantiste, le PALIKA (Parti de libération kanak). En 1974 se fonde l’Union Progressiste Multiraciale (UPM) revendiquant également l’indépendance (elle devient en 1977 l’Union Progressiste de Mélanésie). En 1977 c’est au tour de l’Union Calédonienne (parti fondé en 1956) d’adopter la revendication d’indépendance. La même année des militants de l’Union Multiraciale créent le Front Uni de Libération Kanak (FULK) également indépendantiste. En 1979 c’est au tour du Parti Socialiste Calédonien (PSC) d’abandonner sa revendication d’autonomie pour revendiquer l’indépendance. La même année tous ces partis s’unissent dans un Front Indépendantiste (FI) en 1979 puis dans le FLNKS (Front de Libération Kanak et Socialiste) en 1984. Le syndicat indépendantiste USTKE (Union Syndicale des Travailleurs Kanak et des Exploités) fondé en 1981 rejoint dès sa création le FLNKS.

Il fallait rappeler cette diversité des forces politiques indépendantistes et leur moment d’apparition ou d’adoption de la revendication d’indépendance, pour souligner l’importance de la décennie 70 dans le processus d’affirmation politique nationale kanak. Le contexte de la décennie est celui du boom du nickel qui accroît encore la polarisation sociale et simultanément raciale avec à un pôle « des européens voués à un excès de production et de consommation » et à l’autre « ces tribus […] dont beaucoup ne disposent encore ni de l’eau courante, ni de l’électricité[xxxii] ». Tous les indicateurs sociaux, du taux de scolarisation à la propriété de la terre, en passant par le niveau des ressources ou au taux de chômage soulignent cette polarisation de couleur. Contentons-nous d’un exemple significatif que nous empruntons au très officiel « Centre National pour l’Aménagement des Structures des Exploitations Agricoles (CNASEA) : celui de la terre. Dans un rapport officiel daté de 1983 cet organisme avance les chiffres suivants : « – 165 000 hectare pour les 30 000 membres des tribus […] ; – 350 000 hectares pour 2035 exploitants européens[xxxiii]. »

La période est également celle d’un encouragement massif à l’immigration européenne comme nous l’avons souligné plus haut. Le contexte est aussi celui de la répression des mouvements d’affirmation politique pacifique. Ainsi le 24 septembre 1974 une manifestation est organisée contre la commémoration de la conquête le 24 septembre 1853. Les jeunes manifestants kanak du « groupe de 1878 » organisateur de la manifestation sont « arrêtés et emprisonnés. C’est à leur sortie de prison que ces jeunes ont commencé à parler d’indépendance[xxxiv] ». Loin d’arrêter le processus de prise de conscience indépendantiste la répression ne fait que le renforcer. Enfin le contexte est celui de l’accès à l’indépendance de nombreuses colonies du Pacifique : Les Samoa occidentales en 1962, Nauru en 1968, Tonga et les Fidji en 1970, Papouasie-Nouvelle-Guinée en 1975, Tuvalu et les Îles Salomon en 1978, Kiribati en 1979, Vanuatu en 1980.

Conscient du développement des mouvements indépendantistes, le gouvernement de Giscard d’Estaing engage plusieurs réformes dans l’espoir de le contrecarrer. En 1976 le statut Stirn accroît l’autonomie du territoire et en 1979 le gouvernement français annonce un « plan de développement économique et social à long terme pour la Nouvelle-Calédonie » dont un des objectifs est de s’attaquer à la question foncière. Les indépendantistes kanak regroupés au sein du Front Indépendantiste refusent ces manœuvres en envoyant une mission auprès du comité de décolonisation des Nations Unies. Ils sont alors soutenus par le mouvement des non-alignés mais aussi par les Etats de la région opposé aux essais nucléaires français dans le Pacifique. Le Front Indépendantiste décide également de rencontrer le PCF et le PS ce qui débouche sur deux déclarations reconnaissant le droit à l’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie. Le parti socialiste et Mitterrand oublieront, bien entendu, ces belles déclarations une fois au pouvoir en 1981.

Mais la montée de la revendication indépendantiste inquiète les colons qui adoptent une stratégie de la tension. L’assassinat du leader indépendantiste de l’Union Calédonienne Pierre Declercq en septembre 1981 ouvre une séquence où manifestations anti-indépendantistes et actions indépendantistes (barrages routiers, sit-in, etc.) se répondent dans l’indifférence du gouvernement français qui ne parle déjà plus de référendum d’autodétermination. Mitterrand propose en remplacement un énième statut (le statut Lemoine) qui doit être approuvé par les élections territoriales de novembre 1984. Le Front Indépendantiste qui se transforme en FLNKS en septembre 1984 adopte comme objectif « Top 84 » c’est-à-dire une indépendance dès l’année 1984 et comme moyen le boycott actif des élections censées adopter le statut Lemoine. L’abstention kanak (49.87 % sur l’ensemble du territoire et 79 % dans les communes à majorité kanak) est effectivement massive et accompagnée de multiples actions protestataires : bris à la hache d’une urne électorale à la mairie de Canala par le leader indépendantiste Eloi Machoro, une dizaine de barrages bloquent les principales routes, etc.

Le boycott actif est un succès indéniable. La légitimité populaire indépendantiste est démontrée. La répression coloniale va sévir sous la forme de l’arrestation de nombreux militants et leaders kanak. Malgré ces emprisonnements la campagne « Top 84 » se poursuit au-delà de ces « élections sans kanak ». Une nouvelle revendication se rajoute aux autres, celle de la libération des prisonniers politiques, lors des actions de mobilisation : occupation des mairies d’Hienghène, de Lifou, de Ponérihouen et Poya, le vingt novembre 1984 ; occupation de la gendarmerie de Thio puis d’Ouvéa le même jour ; séquestration du sous-préfet des Île Loyauté le lendemain et pendant une durée de 8 jours ; barrages routiers et occupation de la ville de Thio par les militants du FLNKS du 30 novembre au 12 décembre[xxxv] ; le 1er décembre installation par le FLNKS du gouvernement de Kanaky en présence de la presse internationale et avec levée du drapeau ; etc.

La chasse aux kanak est ouverte

A la répression gouvernementale s’ajoute la violence des colons qui organisent des expéditions meurtrières. Des slogans muraux sont en effet apparus sur les murs de Nouméa dès le début de l’année 1984 avec un message sans ambiguïté : « Colon prend ton fusil » ; « Caldoches aux armes »[xxxvi]. Les actes suivent rapidement avec en résultat un massacre le 5 décembre 1984 à Hienghène où 10 kanak perdent la vie dont deux frères de Jean-Marie Tjibaou. Les 7 colons responsables du massacre seront acquittés quelques mois plus tard en septembre 1986 par un jury qui ne comprend aucun kanak. Jean-Marie Tjibaou commente le verdict comme suit : « La chasse aux Kanak est ouverte[xxxvii] ».

Le rappel de ces faits était nécessaire pour mettre en exergue que, la radicalité et la violence kanak de la période contre les colons ou les forces de l’ordre, n’est que le résultat de la violence coloniale structurelle. Elle n’est que la conséquence d’un système violent qui n’entend pas les revendications légitimes qui s’expriment pacifiquement. Une situation de confrontations et d’affrontements réguliers entre forces de l’ordre et colons d’une part et kanak d’autre part s’installe donc dans la durée à partir de la fin de l’année 1984. Pour certains, tant au niveau des colons qu’au niveau de l’Etat, l’élimination physique des leaders est mise en avant comme moyen de neutralisation du mouvement indépendantiste devenu incontournable. Le 12 janvier 1985 au matin le très populaire Eloi Machoro est « neutralisé » par le GIGN. Officiellement le leader kanak et un autre militant indépendantiste Marcel Nonnaro sont morts lors de l’assaut d’une ferme qu’ils auraient occupée militairement. La version du FLNKS est toute autre : « Les informations dont nous disposons à Nouméa corroborent la thèse de l’assassinat. Pour le FLNKS, les camarades Machoro et Nonnaro n’ont pas été victimes d’une « bavure » policière, mais d’un assassinat prémédité par les forces de l’ordre en collusion étroite avec un commando de colons d’extrême-droite. Contrairement à ce qui a été dit, les militants du FLNKS ayant à leur tête Eloi Machoro n’avaient en aucune façon investi la ferme d’un colon. [xxxviii]. » Presque deux ans plus tard, le 2 décembre 1986, un ancien gendarme présent sur les lieux déclarera devant les assises de l’Aisne que « les gendarmes avaient l’ordre d’exécuter les deux hommes[xxxix] ».

Pour la première fois depuis la guerre d’Algérie l’Etat d’urgence et le couvre-feu sont décrétés. Les colons pavoisent et multiplient les ratonnades contre les militants indépendantistes. Relatant une manifestation caldoche contre des indépendantistes, le journal libération titre le 8 mai 1985 « Les Caldoches traquent les Kanaks[xl] ». Le retour de la droite au pouvoir en 1986 est le signe du retour sur les concessions que l’Etat français a été contraint de faire face à la mobilisation kanak. Le statut Pons 1 de juillet 1986 et Pons 2 de janvier 1988 arrêtent la modeste redistribution foncière, prévoient une autonomie locale mais font disparaître toute perspective d’indépendance, maintiennent les régions mais avec des compétences fortement diminuées. Par ailleurs un référendum d’autodétermination est prévu pour septembre 1987 avec pour seule condition pour voter d’avoir une durée de résidence de trois ans. Le FLNKS appelle logiquement au boycott du référendum et des élections sous le statut Pons prévues pour 24 avril 1988. Les statuts Pons sont perçus comme étant une provocation et une négation du peuple kanak. La révolte gronde une nouvelle fois. La seule réponse française sera de préparer l’affrontement militaire : « Le gouvernement inonda la Nouvelle-Calédonie de soldats, de gendarmes, d’unités d’élites, plus de huit milles hommes, soit près d’un pour sept Mélanésiens[xli]. »

Pendant ces années 1985-1988 de tensions permanentes, le FLNKS enregistre des succès diplomatiques importants. Outre le soutient du mouvement des non-alignés, le FLNKS obtient en 1986 le vote d’une résolution de l’assemblée générale des Nations-Unies qui considère que la Nouvelle-Calédonie est « un territoire non autonome au sens de la charte ». La même résolution 41/41 A affirme « le droit inaliénable du peuple de la Nouvelle-Calédonie à l’autodétermination et à l’indépendance[xlii] ». Rappelons que la Kanaky avait été inscrite en 1946 sur la liste des pays à décoloniser et retirée à la demande de la France en 1947 qui prétendait que : « l’assimilation juridique des populations de Nouvelle-Calédonie, d’Océanie et de Saint-Pierre-et-Miquelon […] ne justifiaient plus le qualificatif « non autonome » attribué à ces territoires puisque leurs habitants jouissaient de droits comparables à ceux des citoyens de métropole[xliii]. »

« Une Algérie en réduction »

Niés par le gouvernement français mais reconnus par les Nations-Unies, les indépendantistes ne peuvent réagir efficacement qu’en menant des actions symboliques fortes compte-tenu de l’état du rapport des forces militaires. Comme dans toutes les guerres de libération nationale le combat se mène également sur la scène internationale. L’occupation de la grotte d’Ouvéa en avril 1988 correspond à ce type d’action même si la réaction de l’armée française l’a transformée en tuerie coloniale. Préfaçant le rapport d’enquête de cinq ONG (la Cimade, la LDH, le Comité de réflexion sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, le MRAP, le Département évangélique français d’action apostolique) sur la tuerie d’Ouvéa, Gilles Perrault rappelle que :

L’attaque de la gendarmerie de Fayaoué n’était pas programmée pour tuer. Un dérapage circonstanciel la fit basculer dans le drame. Sans amoindrir le moins du monde la responsabilité des agresseurs, l’évidence s’impose qu’une gestion intelligente de cette affreuse péripétie eût permis de rétablir l’ordre et de récupérer les otages sans coup férir. Au lieu de quoi une poignée d’hommes politiques et de militaires choisirent de faire d’Ouvéa une Algérie de jadis en réduction. Ratissages, pillages, interrogatoires « renforcés », « corvées de bois », blessés adverses massacrés après capture : rien ne manque à la panoplie[xliv].

L’attaque de la gendarmerie du 22 avril 1988 s’inscrit dans l’appel du FLNKS à multiplier les actions de protestations dans le cadre de la campagne de boycott des élections. Elle se conclue par la mort de quatre gendarmes par balles dans les circonstances suivantes : « La Commission remarque, en effet, sans porter pour autant un jugement de valeur, que le premier coup de feu, qui a fait basculer la situation, a été tiré par un officier de gardes mobiles nouveau venu sur l’île, et que le premier sang versé a été canaque[xlv]. » Tels sont les faits que le gouvernement ne pouvait pas ignorer. Cela n’empêche pas le premier ministre Jacques Chirac de mentir sciemment en affirmant que les gendarmes ont été tués à l’arme blanche pour justifier une répression de grande ampleur. « Je suis consterné par cette sauvagerie, par la barbarie de ces hommes, si tant est qu’on puisse les qualifier ainsi, sans doute sous l’emprise de la drogue et de l’alcool … » déclare-t-il au Grand Jury RTL-Le Monde du 22 avril[xlvi].

Seize des gendarmes pris en otage et leurs ravisseurs se réfugient dans la grotte d’Ouvéa. La suite est connue : envoi d’un contingent de 270 hommes dès le 22 avril ; tortures pour obtenir le lieu où se cachent les ravisseurs et leurs otages ; menace de dissolution du FLNKS par Bernard Pons suite à une exigence du Front National ; choix de l’assaut violent une fois la cache découverte plutôt que de la négociation proposée par le FLNKS dès le 23 avril ; rejet de toutes les offres de médiations ; etc. L’opération Victor se solde par la mort de 19 militants kanak et de deux militaires français. Plusieurs témoignages accusent les militaires français de ne pas avoir apporté de soins à des kanak blessés et même d’avoir pratiqué une exécution sommaire. Après des dénégations indignées les faits sont tels que le ministre de la défense Jean-Pierre Chevènement est contraint de reconnaître l’existence « d’actes individuels contraires au devoir de l’armée mais qui ne sauraient entacher son honneur ». Dans la foulée le ministre de la justice Pierre Arpaillange confie au parquet de Nouméa l’ouverture d’une information judiciaire contre X pour « homicide volontaire » et « non-assistance à personne en danger[xlvii] ».

La « victoire militaire » du colonialisme français à Ouvéa cache une défaite politique. Le FLNKS affiche plus que jamais sa revendication indépendantiste en revendiquant l’aspect « insurrectionnel » de la campagne de boycott de 1988 ayant débouché sur le drame. Le journal du FLNKS, Bwenando souligne dès le 30 août comme suit les différences entre les mobilisations de 1984 et celles de 1988 : « Elle était [la campagne de 1988] immédiatement insurrectionnelle, prenant d’emblée les formes de la lutte armée avec l’engagement de guérillas spontanées et de guérillas organisées[xlviii]. » L’aspiration à l’indépendance est plus que jamais majoritaire dans la population kanak qui exerce une pression grandissante pour l’unité du mouvement indépendantiste. Les morts kanak d’Ouvéa deviennent un rappel à la nécessaire unité compte-tenu du déséquilibre des forces entre une puissance impérialiste et un petit peuple. Jean-Marie Tjibaou résume comme suit cette détermination le jour des obsèques des militants kanak tués à Ouvéa, le 8 mai 1988 : « Le massacre d’Ouvéa va renforcer la détermination du peuple kanak. La revendication d’indépendance des Kanaks ira au-delà du 8 mai. M. Pons fait partie des fossoyeurs du peuple kanak. J’espère que les ombres des morts d’Ouvéa l’accompagneront tous les soirs jusqu’à sa mort. Il demeurera maudit. Je lui souhaite l’enfer[xlix]. » Enfin sur le plan international la France est l’objet de nombreuses critiques, à commencer par certains pays de la région. Les Premiers ministres de Papouasie-Nouvelle-Guinée et des Samoa occidentales exigent une enquête internationale indépendante. Celui des îles Fidji dénonce la « diplomatie de la canonnière » française. Les Nations-Unies pour leur part diligentent une enquête internationale.

Les accords de Matignon : Intégrer pour neutraliser

Les semaines qui suivent la tuerie coloniale d’Ouvéa mettent en évidence le maintien de la mobilisation kanak. Les barrages reprennent sur les routes et à l’entrée des villages. L’armée est omniprésente dans le cadre de ce qui est appelé la « nomadisation » c’est-à-dire une surveillance militaire des tribus. Abordant l’ampleur de cette politique de surveillance militaire des tribus, l’historien Jean Chesneaux explique : « Les années de la « nomadisation » dans la tradition de la guerre d’Algérie, imposée aux tribus par des forces de l’ordre dont les effectifs démesurés (8000 hommes au moins) par rapport à la population mélanésienne étaient l’équivalent de sept millions d’Allemands dans la France occupée des années 1942-1944[l]. » Le 23 mai les bérets rouges investissent le territoire de la tribu de Paola à Pwèi. L’opération se solde par la mort d’un jeune kanak Albert Poatyé[li]. La situation est bloquée et lourde d’affrontements à répétitions. L’Etat français est contraint à des concessions dans l’espoir de gagner du temps afin de contrecarrer une aspiration indépendantiste désormais incontournable. Les organisations Caldoches opposés à l’indépendance cherchent également à gagner du temps pour favoriser l’émergence des forces kanak opposées à l’indépendance. Le FLNKS accepte pour sa part les négociations de Matignon proposées par l’Etat français tout en maintenant le cap sur la perspective de l’indépendance nationale. Telles sont les facteurs qui expliquent le compromis de Matignon.

Les accords de Matignon signés le 26 juin 1988 entre les indépendantistes du FLNKS, les anti-indépendantistes du RPCR (Rassemblement Pour la Calédonie dans la République) et l’Etat français constituent un compromis. Ils sont censés enclencher une transition créatrice des conditions pour un referendum d’autodétermination à l’échéance de 1998. Ils reconnaissent de fait le FLNKS comme interlocuteur et représentant des kanak et constituent trois provinces dont deux seront dirigées par des indépendantistes après les élections de juin 1989. Les séquences de négociations sont toujours des épreuves pour l’unité des mouvements de libération nationale. L’évaluation du rapport des forces et en conséquence des « concessions » nécessaires est porteuse de divisions potentielles au sein des forces indépendantistes. Jean-Marie Tjibaou a expliqué comme suit devant le bureau politique du FLNKS les circonstances et les raisons de sa signature des accords de Matignon : « nous avons eu trop de morts, il faut un retour au calme, nous n’avons pas d’autres solutions[lii]. »

Les désaccords sont nombreux à s’exprimer. De nombreux militants et plusieurs organisations du FLNKS estiment que les accords sont trop flous, n’apportent rien de précis en ce qui concerne les revendications immédiates kanak, sont silencieux sur le devenir des prisonniers politiques et retardent trop l’échéance de l’indépendance. Il ne faudra pas moins de trois conventions nationales pour qu’une position commune soit affirmée. La Convention d’Ouvéa du 24 juillet 1988 exige la réouverture des négociations pour d’une part exiger des précisions et d’autre part réaffirmer le but de l’indépendance nationale. Celles-ci débouchent en août sur les « accords d’Oudinot » signés le 20 août 1988 qui, précisent la composition du corps électoral et les compétences des nouvelles provinces, reconnaissent la légitimité des revendications foncières kanak, posent un objectif rééquilibrage entre les kanak et le reste de la population dans le cadre d’un plan de développement économique de dix ans et adoptent le principe d’une amnistie pour les « infractions commises à l’occasion des mêmes événements, à l’exception des plus graves[liii] ».

Les accords sont entérinés définitivement par le FLNKS lors d’une convention le 11 septembre 1988 mais au prix du départ d’une de ses composantes, le Front Uni de Libération Kanak (FULK) qui dénonce les accords et continue à revendiquer l’indépendance immédiate. C’est ce contexte de débat houleux et de rumeurs sur les « dessous des accords » qui explique l’assassinat de deux des principaux leaders indépendantistes Jean-Marie Tjibaou et Yeiwéné Yeiwéné, le 5 mai 1989 par un leader indépendantiste d’Ouvéa Djubelli Wea considérant les accords comme une trahison de la lutte indépendantiste. Au fil du temps les accords de Matignon deviennent l’objet de critiques grandissantes. Le congrès du FLNKS de 1990 souligne ainsi que « les accords de Matignon ne sont pas une fin en soi et ne donneront pas l’indépendance kanak et socialiste » et la convention nationale de 1991 les qualifient « d’accords minimums, d’étape et de pari lancé au gouvernement français[liv] ».

La logique implicite et les objectifs de l’Etat français apparaissent au fil du temps de cette décennie : gagner du temps pour faire basculer la revendication d’autodétermination des kanak de l’exigence d’une indépendance nationale à celle du respect des « droits des peuples autochtones », diviser le mouvement indépendantiste, modifier les exigences des Nations-Unies. « On constate sur les choix de stratégies, une division des indépendantistes kanak après 1988. En interne, un virage vers l’usage et la mise en avant plus concrète des droits des peuples autochtones a été pris peu de temps après les accords de Matignon par certains militants du flnks[lv] » souligne l’anthropologue Stéphanie Graff. Dans le même temps l’Etat français s’attache à apurer son passif avec les Etats de la région afin que ceux-ci cessent de soutenir l’indépendance kanak aux Nations-Unies : Excuses officielles à la Nouvelle-Zélande et versement d’une réparation de sept millions de dollars pour la destruction du Rainbow Warrior, un navire de l’ONG Greenpeace dans le port néo-zélandais d’Auckland en 1986 ; arrêt des essais nucléaires à Mururoa et Fangataufa en 1996. Parallèlement la participation d’associations Kanak aux réunions des Nations-Unies concernant les « droits des peuples autochtones » est encouragée. Le vocabulaire des résolutions des Nations-Unies ne tarde pas à se transformer : « De l’autodétermination et l’indépendance d’un peuple, on est passé à l’autodétermination d’un territoire[lvi]. »

A l’échéance décennale de 1998 prévue par les accords de Matignon le temps est au bilan. A bien des égards la stratégie de division française semble être une réussite. La présence de kanak dans les nouvelles institutions tend à faire disparaître l’objectif d’indépendance. « Certains de nos responsables politique […] se sont arrêtés à leurs petits intérêts personnels et au confort des positions arrêtées en congrès[lvii] » résume Paul Néaoutyine président du FLNKS de 1990 à 1996. Le syndicat indépendantiste USTKE quitte le FLNKS en raison de cette « dérive politicienne » en juillet 1989. Chacune des élections à partir de celle de 1989 se traduit par une division électorale des indépendantistes. La logique consistant à « Intégrer pour neutraliser » semble en voie de réussite suscitant une colère et une exaspération des militants indépendantistes de base. Sur le plan économique la politique de « rééquilibrage » tarde à donner des effets palpables. Ainsi en décembre 2015 encore les syndicalistes de l’USTKE continuent de dénoncer « l’échec du rééquilibrage » à leur XVème congrès. Plus grave les conditions du référendum prévues par les accords de Matignon enterre la perspective de l’indépendance. La politique coloniale de peuplement a rendu les kanak minoritaires. Le conflit sur la composition des listes électorale continue sa longue histoire. Du côté des anti-indépendantistes la crainte d’une reprise des actions violentes conduit à refuser ce que leur leader Jacques Lafleur appelle « un référendum couperet » dès 1991 c’est-à-dire un référendum dont le « résultat hostile à l’indépendance pouvait, malgré la restriction du corps électoral, être prévu[lviii] ».

Les accords de Nouméa : Une dualité d’interprétation

C’est ce rapport de forces particulier fait de déception à la base, d’institutionnalisation, de réussite de la colonisation de peuplement et de solution militaire impossible qui explique le nouveau compromis que constitue les accords de Nouméa en mai 1998. Du côté de l’Etat et des anti-indépendantistes, il s’agit une nouvelle fois de gagner du temps afin de continuer le projet d’enterrement de la revendication indépendantiste au profit de celle de la reconnaissance des droits des peuples autochtones. Du côté des indépendantistes, il s’agit de faire reconnaître l’existence d’un peuple kanak, de poser explicitement le principe d’une restriction du corps électoral en faveur des kanak et de rappeler la perspective d’un référendum posant explicitement la question de l’indépendance nationale. Résumant les différences entre les accords de Matignon et ceux d’Ouvéa, un des hauts fonctionnaires artisan des premiers, Alain Christnacht explique : « De marginalisé, différent, inférieur, le Kanak devient celui qui est au centre de la société nouvelle. Repoussé par les arrivants, c’est maintenant lui qui accueille ceux qui arrivent. […] La novation fondamentale est bien dans la reconnaissance du peuple kanak dont le Préambule affirme encore qu’elle est un préalable à la refondation du contrat social entre toutes les communautés qui vivent en Nouvelle-Calédonie[lix]. »

Pour le reste les accords de Nouméa réaffirment l’objectif de rééquilibrage par restitution de terre aux kanak, renforcent le transfert de compétences à des instances calédoniennes et prévoient la recherche commune de signes identitaire du pays (« nom, drapeau, hymne, devise, graphismes des billets de banque »). En fait ces accords peuvent s’interpréter autant comme reflétant une logique de décentralisation que comme une phase préparatoire à un véritable référendum d’auto-détermination. Cette dualité d’interprétation concerne également la restriction du corps électoral que chacun des signataires interprète à sa manière : « Les juristes proposent deux lectures : les uns font une lecture fermant le corps électoral en 1998, les autres suggèrent une lecture glissante de ce même corps électoral. Saisi de cette question, le Conseil Constitutionnel se prononça en faveur de cette dernière ; une personne, s’installant dans le territoire en 1999, entrait dans le corps électoral calédonien en 2009. Cette décision ne manqua pas de provoquer les protestations du FLNKS qui y voyait une atteinte à son espoir de voir les kanak majoritaires dans le corps électoral[lx]. ».

Vingt ans après les accords de Nouméa et à quelques mois du référendum, le Rassemblement des Indépendantistes et Nationalistes (RIN) qui regroupe trois formations indépendantistes (l’Union Calédonienne, la Dynamik Unitaire Sud et Union syndicale des Travailleurs exploités), peut dès lors tirer un bilan négatif le 27 mars 2018 :

Des dispositifs n’ont pas pu être mis en œuvre en raison de oppositions systématiques d’un des partenaires historiques de l’ADN (accord de Nouméa) , à savoir la droite coloniale, et des interprétations juridiques bien souvent contradictoires, laissant ainsi des marges de manœuvres à l’Etat français pour renforcer sa tutelle ; […] l’objectif de rééquilibrage, notamment vis-à-vis du peuple kanak, dans multiples domaines (emploi public et privé, formation …) n’est pas atteint. Sur le plan du développement économique, la Nouvelle-Calédonie s’est contentée de poursuivre et perpétuer un modèle économique colonial basé sur la dépendance vis-à-vis de la France qui a renforcé les inégalités sociales les plus criantes pour l’ensemble des citoyens calédoniens. Sur le plan de l’identité kanak, le peu de mesures prises n’ont manifestement pas permis une meilleure reconnaissance, pourtant indispensable puisque préalable à la construction de la Kanaky. La forte immigration voulue par l’Etat français, a rendu minoritaire le peuple kanak et les diverses modifications de la loi organique n’ont fait qu’aggraver cette situation. Ainsi, les corps électoraux pour les élections provinciales et référendaires rendent les scrutins non sincères. En conclusion, au vu de son analyse, le R.I.N. affirme que le bilan politique de l’Accord de Nouméa est un échec[lxi].

Au fur et à mesure de l’approche de l’échéance du référendum les conflits sur la composition du corps électoral se sont logiquement multipliés. La commission politique et citoyenneté du FLNKS dénonce ainsi en 2016 la non-inscription de 25 000 kanak sur la liste électorale. Après plusieurs manifestations publiques d’organisations indépendantistes, un accord entre les signataires des accords de Nouméa sur la composition de la liste électorale pour le référendum est annoncé le 3 novembre 2017. L’accord intègre 7000 personnes de statut civil coutumier (des kanak) et 4000 autres de droit commun. En dépit de cet accord des voix indépendantistes se font déjà entendre pour dénoncer un référendum qui ne prend pas en compte les conséquences d’une politique de peuplement volontariste depuis de nombreuses décennies. Louis Kotra Uregei président du parti travailliste déclare ainsi le 8 avril 2018 :

Ça devait être un référendum d’autodétermination, et à partir du moment qu’on parle d’autodétermination, on évoque le droit du colonisé à l’autodétermination (…) il va y avoir une consultation appelée référendum. Mais pour nous, à partir du moment qu’il y a négation du peuple kanak, c’est pas un référendum d’autodétermination. […] Je l’affirme, il y aura victoire des pro-colonialistes (…) à cause de la fraude électorale et à cause du fait que tous les Kanaks ne seront pas inscrits pour ce référendum. C’est pour ça que nous, on ne qualifie pas ça de référendum d’autodétermination, c’est une consultation peut-être du peuple calédonien, je ne sais pas comment on va l’appeler. Mais toujours est-il que pour nous, c’est plus un référendum d’autodétermination[lxii].

∞ ∞ ∞

Telles sont les conditions de préparation du référendum de novembre prochain. Après une colonisation de peuplement poursuivie de manière volontariste depuis des décennies, après trente ans d’accords révélant la logique de l’Etat français visant à gagner du temps pour imposer l’abandon de la logique de l’indépendance au profit d’une logique de reconnaissance des « droits du peuple autochtone », après la tentative d’éliminer 25 000 électeurs kanak de la liste électorale, etc., c’est dans des conditions particulièrement défavorables pour le peuple kanak que se déroulera le référendum. Les intérêts économiques et géostratégiques français sont tels que l’Etat français mettra tout en œuvre pour maintenir sa domination sur la Kanaky. Cette situation s’explique par le rapport des forces particulièrement inégal entre une puissance impérialistes et un petit peuple. Dans ce rapport des forces la faiblesse de l’anticolonialisme en France joue en défaveur des kanak. Avec fraude ou pas l’échec du « Oui » à l’indépendance que prépare l’Etat français ne peut que susciter la colère d’une jeunesse kanak qui attend depuis trois décennies cette échéance de l’indépendance. Il sera trop simple alors de déplorer le recourt à des actes violents

[i] Nous utilisons le terme « Kanaky » qui est le terme choisi par toutes les organisations indépendantistes depuis 1977.

[ii] La question définitivement adoptée après des négociations difficiles est la suivante : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? ».

[iii] Intervention de Roch Wamytam, président du groupe UC-FLNKS et nationalistes au Congrès de Nouvelle-Calédonie, au séminaire caribéen régional du comité spécial de décolonisation des Nations Unies de Managua en mai 2015, http://www.un.org/en/decolonization/pdf/DP.7%20(R.%20Wamytan).pdf, consulté le 6 avril 2018 à 11 h 42.

[iv] Yve Person, La Nouvelle-Calédonie et l’Europe. De la découverte, 1774, à la fondation de Nouméa,1854, Nouvelles Editions Latines, Paris, 1953, p. 212.

[v] Nathalie Mrgudovic, La France dans le Pacifique sud : les enjeux de la puissance, L’Harmattan, Paris, 2008, p. 31.

[vi] Cité dans Jacqueline Sénés, La vie quotidienne en Nouvelle-Calédonie de 1850 à nos jours, Journal de la Société des Océanistes, n° 36, septembre 1972, p. 199.

[vii] Claire Laux, Le Pacifique aux XXVIIIe et XIXe siècle, une confrontation franco-britannique. Enjeu colonial et rivalité géopolitique (1763-1914), Karthala, Paris, 2011, p. 153

[viii] Isabelle Leblic, Les Kanak face au développement. La voie étroite, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1993, p. 27.

[ix] Ali Moussa Iye et Khadija Touré (coord.), Histoire de l’humanité, volume 6, éditions de l’UNESCO, Paris, 2008, p. 1388.

[x] Eric Soriano, la fin des indigènes en Nouvelle-Calédonie : le colonial à l’épreuve du politique 1946-1976, Karthala, Paris, 2013, p. 20.

[xi] Jean-Louis Rallu, La population de la Nouvelle-Calédonie, Revue Population, année 1985, n° 4-5, p. 725.

[xii] Gilles Pestaña, Du spectre du dépeuplement à celui de l’indépendance. Enjeux et représentations des dynamiques démographiques des espaces ruraux de Nouvelle-Calédonie, Espace, populations et sociétés, 2015/3 – 2016/1.

[xiii] Anne Pitoiset, Le nickel en Nouvelle-Calédonie, Maison de la Nouvelle-Calédonie, Paris, 2016, p. 8 et 11.

[xiv] Sarah Mohamed-Gaillard, Histoire de l’Océanie : de la fin du XVIIIe siècle à nos jours, Armand Colin, Paris, 2015.

[xv] Roselène Dousset–Leenhardt, Terre natale, terre d’exil, Maisonneuve et Larose, Paris, 1976, p. 124.

[xvi] Jean Guiart, Bantoustans en Nouvelle-Calédonie, Droit et Liberté, n° 371, juillet-août 1978, p. 14.

[xvii] Henri Laurent Rivière, Souvenirs de la Nouvelle-Calédonie : l’insurrection canaque, Editions du Pacifique, Paris, 1881, p. 259.

[xviii] Eddy Wadrawane, Frédéric Angleviel, La Nouvelle-Calédonie : les Kanaks et l’histoire, volume 2, Les Indes savantes, Paris, 2008, p. 169.

[xix] Jean Guiart, Bantoustans en Nouvelle-Calédonie, op. cit., p. 14.

[xx] Catherine C Laurent, Les Calédoniens. Lignes de vie d’un peuple, Atelier Henry Dougier, Paris, 2017.

[xxi] Pierre Messmer, Lettre au secrétaire d’Etat aux DOM-TOM, in Claude Gabriel, Claude Jacquin, Vincent Kermel, Nouvelle Calédonie, la révolte kanake, La Brèche, Paris, 1985, p. 51.

[xxii] Jean-Loup Vivier, Calédonie, l’heure des choix, L’Harmattan, Paris, 2009, p. 22.

[xxiii] Xavier Ternisien, Les « métros » débarquent sur le Caillou, Le Monde du 19 avril 2008, http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/04/19/les-metros-debarquent-a-noumea_1035978_3224.html, consulté le 13 avril 2018 à 10 h 12.

[xxiv] Pascal Rivoilan et David Broustet, Recensement de la population en Nouvelle-Calédonie en 2009, https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281138, consulté le 13 avril 2018 à 10 h 30.

[xxv] Pascal Rivoilan et David Broustet, Recensement de la population en Nouvelle-Calédonie en 2014, https://www.insee.fr/fr/statistiques/1560282, consulté le 13 avril 2018 à 10 h 45.

[xxvi] Ibid.

[xxvii] Vincent Adoumié (dir.), Les régions françaises, Hachette, Paris, 2013, p. 232.

[xxviii] L’économie bleue en Nouvelle-Calédonie. Un levier de croissance à actionner, IEOM, Note expresse, n° 185, mars 2016, p. 2.

[xxix] Ibid, p. 7.

[xxx] Bastien Vendendyck, Les enjeux du processus d’indépendance en Nouvelle-Calédonie, Asia-Focus, IRIS, janvier 2017, p. 6.

[xxxi] Jeanny Lorgeoux, Introduction de la table-ronde intitulé n° 1 : Grands enjeux politiques et stratégiques de la présence française dans le Pacifique, Actes du colloques « La France dans le Pacifique : quelle vision pour le XXIe siècle, 17 janvier 2013, http://www.senat.fr/rap/r12-293/r12-293_mono.html#toc4, consulté le 13 avril 2018 à 18 h30.

[xxxii] Jacqueline Sénès, La vie quotidienne en Nouvelle-Calédonie de 1850 à nos jours, Hachette, Paris, 1985, p. 333.

[xxxiii] Cité in Marc Coulon, L’irruption kanak. De calédonie à kanaky, Messidor/Editions sociales, Paris, 1985, p. 94.

[xxxiv] Stéphanie Graff, Visibilité du destin commun et invisibilité de l’histoire : discours, célébrations et construction de la citoyenneté en Nouvelle-Calédonie, Revue Anthrovision, n° 4/1, 2016, p. 5.

[xxxv] Jean-Marie Girault et Jean-Pierre Tizon, Rapport sur les évènements intervenus depuis le 12 juillet 1983 en Nouvelle-Calédonie et dépendances, Sénat, rapport n° 155, séance du 3 décembre 1984, p. 26-28, https://www.senat.fr/rap/r84-155/r84-1551.pdf, consulté le 14 avril 2018 à 12 h 15.

[xxxvi] Cité in Marc Coulon, L’irruption kanak. De calédonie à kanaky, op. cit., p. 159.

[xxxvii] Alain Rollat, Tjibaou le Kanak, La manufacture, Lyons, 1989, p. 246.

[xxxviii] Daniel Dommel, La crise calédonienne : rémission et guérison, L’Harmattan, Paris, 1993, p. 202.

[xxxix] Antoine Sanguinetti (dir.), Enquête sur Ouvéa. Rapport et témoignages sur les évènements d’avril-mai 1988, Etudes et Documentations Internationales (EDI), Pari, 1989, pp. 13-14.

[xl] Florise Marco, Les Caldoches traquent les Kanaks, Libération du 9 mai 1985.
[xli] Michael Clifford Spencer, Alan Ward et John Connell, Nouvelle-Calédonie : essais sur le nationalisme et la dépendance, L’Harmattan, Paris, 1989, p. 35.

[xlii] Résolution 41/41 A de l’Assemblée générale des Nations Unies, 2 décembre 1986, consulté le 14 avril 2018 à 17 h 00.

[xliii] Cité in Stéphanie Graff, Quand combat et revendication kanak ou politique de l’État français manient indépendance, décolonisation, autodétermination et autochtonie en Nouvelle-Calédonie, Journal de la Société des Océanistes, n° 134, 2012, p. 66.

[xliv] Gilles Perrault, Préface, in Antoine Sanguinetti (dir.), Enquête sur Ouvéa. Rapport et témoignages sur les évènements d’avril-mai 1988, op. cit., p. 8.

[xlv] Antoine Sanguinetti (dir.), Enquête sur Ouvéa. Rapport et témoignages sur les évènements d’avril-mai 1988, op. cit., pp. 20-21.

[xlvi] Jean-Pierre Bedéï, L’info-pouvoir : manipulation de l’opinion sous la Ve république, Acte Sud, Paris, 2008, p. 178.

[xlvii] Fred Reno, l’Outre-Mer 1988. Contrastes et changement, Annuaires des collectivités locales, Année 1989, n° 9, p. 107.

[xlviii] L’affaire d’Ouvéa, Journal Bwenando, n° 109-110, 30 août 1988, p. 4.

[xlix] Cité in Jean Vermeil, Les bruits du silence : l’autre histoire de France, 2002, éditions du Félin, Paris, p. 293.

[l] Michael Clifford Spencer, Alan Ward et John Connell, Nouvelle-Calédonie : essais sur le nationalisme et la dépendance, op. cit., p. 5.

[li] Paul Néaoutyine, ‎Jean-François Corral, ‎André Némia, L’indépendance au présent. Identité kanak et destin commun, Syllepse, Paris, 2006, p. 49.

[lii] Ibid, p. 51.

[liii] Accords de Matignon-Oudinot. Texte intégral des accords intervenus le 26 juin 1988 et le 20 août 1988 sur la Nouvelle-Calédonie, p. 19, http://www.mncparis.fr/uploads/accords-de-matignon_1.pdf, consulté le 16 avril 2018 à 8 h 00.

[liv] Myriam Dornoy-Vurobaravu, Objectifs et interprétations de la politique française dans le Pacifique Sud , Institute of Pacific Studies and USP Complex, Vanuatu, 1994, p.70.

[lv] Stéphanie Graff, Quand combat et revendication kanak ou politique de l’État français manient indépendance, décolonisation, autodétermination et autochtonie en Nouvelle-Calédonie, op. cit., p. 75.

[lvi] Ibid.

[lvii] Paul Néaoutyine, ‎Jean-François Corral, ‎André Némia, L’indépendance au présent. Identité kanak et destin commun, op. cit., p. 58.

[lviii] Alain Christnacht, La reconnaissance du peuple kanak par le droit français, in Stéphane Pessina Dassonville (dir.), Le statut des peuples autochtones : à la croisée des savoirs, Karthala, Paris, 2012, p. 101.

[lix] Ibid, p. 104.

[lx] Sarah Mohamed-Gaillard, L’archipel de la puissance ? : la politique de la France dans le Pacifique Sud de 1946 à 1998, Peter Lang éditions, Bruxelles, 2010, p. 157.

[lxi] Le Bilan politique de l’accord de Nouméa, http://partitravaillistekanaky.blogspot.fr/2018/03/le-bilan-politique-de-laccord-de-noumea.html, consulté le 16 avril 2018 à 14 h 47.

[lxii] Louis Kotra Uregei, déclaration à Nouvelle-Calédonie 1ere du 8 avril 2018, https://caledosphere.com/2018/04/10/gomes-tacle-lku-le-referendum-nest-pas-reserve-au-peuple-kanak/, consulté le 16 avril 2018 à 15 h 45.
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