Dans les Alpes, l’Etat policier traque les exilé.e.s

Poussé.e.s à prendre des risques du fait des contrôles, les exilé.e.s passent par des voies dangereuses, hors des sentiers, de nuit, dans la neige et le froid, et mettent leur vie en danger. Lorsqu’illes parviennent à passer côté français de la frontière, si les gendarmes les interceptent, illes sont renvoyé.e.s en Italie, soit plus au Sud soit dans la montagne, mineur.e.s ou pas, équipé.e.s ou pas, blessé.e.s ou pas.

Des témoignages et enquêtes ont récemment circulé dans les médias mainstream, avec toutes les limites de ce type de média, donc à consulter avec un regard critique (France Culture, France 2).

Et à télécharger ci-dessous, une brochure d’analyse critique de la situation à la frontière Franco-Italienne. Ce texte a été rédigé depuis la Roya, dans le but d’offrir une contribution aux réflexions diverses qui touchent tous ceux que le dispositif de répression à la frontière révolte et questionne.

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Partout sur les routes, des gens évitent les militaires. Dans les trains, les patrouilles remplissent les wagons. Les cols et les sentiers sont occupés par des hommes en armes. Les alpes du sud sont un territoire paisible et vivant, de vallées et d’habitants. Point de Passages Autorisés, état d’urgence, chasseur Alpins, légion étrangère… A mesure que se précise et s’installe l’invasion autoritaire, la solidarité se diffuse et s’organise.

Ce texte est une proposition d’analyse critique de la situation à la frontière Franco-Italienne. Il a été rédigé dans le but d’offrir une contribution aux réflexions diverses qui touchent tous ceux que le dispositif de répression à la frontière révolte et questionne. Presque une année s’est écoulée depuis que la solidarité envers les personnes sanspapiers dans la Roya s’est en partie fédérée autour d’un combat associatif largement médiatisé. Nous, auteurs de ce texte, sommes soucieux de ne pas raviver d’inutiles guerres de chapelle idéologiques et encore moins de s’en prendre de manière personnelle à qui que ce soit en particulier.

Les procès d’intention ne nous intéressent pas. L’échange d’informations et le débat constructif en revanche, au-delà du fait qu’il nous passionne sans doute bien plus, nous semble être nécessaire à la fois pour décloisonner les esprits et enlever les étiquettes trompeuses qui opposent en fait ceux que l’action et le geste de solidarité rapprochera toujours, d’une certaine manière.

Ce texte a donc été rédigé, à partir d’une multiplicité d’expériences de terrain, par des personnes qui se trouvent confrontées et réagissent, là où elles se trouvent - et depuis maintenant plus de deux ans - à ce que l’Europe tente encore de nommer sous ses multiples formes, la ‘crise des migrants’. Au mieux il s’agit d’une ‘crise de l’accueil’ et du droit qui entoure la condition des sans-papiers en Europe. Au pire, il s’agit d’une offensive plus large faite de xénophobie d’état, de racisme diffus et d’une véritable guerre de basse intensité sous le prisme trompeur d’une vieille « vocation à ne pas accueillir toute la misère du monde » qui n’a jamais été aussi présente qu’aux moments même où la « lutte contre l’appel d’air » s’érige en dogme politique pour lutter contre ses propres effets.

Comme toutes les crises, l’urgence permanente qu’elle permet de justifier se traduit dans la réalité par une attaque en règle aux libertés et aux droits. Et le problème est bien là, plus de deux ans après la mise en place d’un apartheid d’état dans les Alpes Maritimes et en Liguria, l’urgence crée ne disparait pas. Elle se pérennise et garde sans cesse les traits habilement
entretenus d’une crise humaine qui n’en finit plus. Le dispositif humanitaire d’état de la Croce Rossa à Vintimille se resserre à mesure que la répression policière se durcit, se justifiant d’une situation d’emergenza qui s’éternise, comme face à un tremblement de terre continu et dont il est en fait responsable. Ce dispositif fait de gyrophares, de containers et d’identification digitale, renforce son emprise et en durcit les effets, poussant les personnes à emprunter des routes de plus en plus périlleuses et longues pour avancer, pour le fuir.

Pour les exilé.e.s, les réalités multiples qui définissent des stratégies de fuites et des parcours migratoires faits d’errances et d’exclusions, à l’intérieur même de l’espace Européen, reposent sur des faits souvent largement méconnus et qui nous envoient pourtant des signaux assez clairs. C’est donc sur un ensemble de constats, remontant de plusieurs terrains - dont la Roya et Vintimille - où s’exerce et s’est intensifiée la répression envers les ‘migrants’ le long de leurs parcours, que s’appuient les diverses approches de cette analyse du mécanisme politique du nonaccueil, de l’exclusion et de la traque des demandeurs d’asile et de tou.t.e.s les éxilé.e.s en Europe, et plus particulièrement entre la France et l’Italie.

Il ne s’agit donc pas ici de révéler des nouvelles sensationnelles qui seraient cachées ou de tenter d’apporter des réponses catégoriques à des questions tout à fait complexes, mais plutôt de s’attaquer avec réalisme aux dernières évolutions d’un dispositif administratif et policier qui ne cesse de se préciser depuis plus de deux ans, et dont les enjeux ne sont parfois perceptibles qu’à la condition de certains reculs et de déplacements de point de vue géographique.

La criminalisation incessante des mobilités internationales, par le biais de techniques de contrôles biométriques de masse, s’inscrit dans une ‘logique de tri’ (donc d’exclusion démesurée) dorénavant pleinement assumée. Cette logique dénature profondément, autant qu’elle remet en question l’existence même du droit d’asile en France et en Europe, et, en même temps, elle renforce les effets dévastateurs et meurtriers d’une guerre plus large à l’encontre des mobilités humaines indésirables.

A travers la mise en commun d’informations et de réflexions sur la situation des exilé.e.s dans le Nord, en Ile-de-France, dans les Alpes Maritimes et en Italie, l’analyse qui suit espère pouvoir alimenter la réflexion et soutenir l’action de tous ceux qui, depuis la Roya, savent déjà combien la situation à Vintimille est liée, dans un cadre plus large, à l’effritement progressif de la liberté de mouvement et d’installation au niveau européen.

Sgorea, Août 2017

samedi 16 décembre 2017

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