Aperçu des luttes actuelles en Grece - Episode 2 – mars 2021

Articles tirés d’indymedia Athènes

  • 1 article sur la censure de l’art
  • 1 article sur la grève de la faim de Koufontinas
  • 1 article sur Metoo en Grèce
  • 1 article sur les droits des travailleurs-euses

Contre la censure de l’art

Article initial
12/02/2021

De : l’Union des Verts Libertaires

A travers le monde entier, c’est de nombreuses fois que les autorités ont essayé - et réussi - à censurer l’art, qu’il s’agisse de chefs d’État ou de chefs religieux. Dans les temps sombres de l’histoire, à l’époque des régimes d’extrême-droite, l’art était l’une des premiers cibles des gouvernements. Parce que, comme le disait Ronald Harwood, « seules les tyrannies perçoivent le pouvoir de l’art ».

En Grèce, pendant le fascisme, l’un des critères "prohibitifs" était la nudité dans les peintures, qui étaient soit interdites par des expositions (comme les œuvres de nues de Dekoulakos qui étaient considérées en 1973 comme des offenses à la décence publique par les visiteurs et la police) ou détruites (comme Hatzinikos qui a été condamné en 1988). De plus, les scènes de nudité ou d’amour étaient considérées comme offensantes et donc prohibées même dans les films des années 1970.

Pendant la dictature, les livres d’auteurs tels que Dostoïevski, entre autres, et l’enseignement de l’épitaphe de Périclès, de l’État de Platon et d’Antigone de Sophocles ont été interdits à cause de leurs idées subversives. Les livres considérés comme une insulte à la religion ou à la patrie ont cessé d’être publiés et leurs auteurs ont été emprisonnés. En outre, les chansons de Theodorakis ont été interdite à la diffusion parce qu’elles étaient considérées comme « dangereuses », ainsi que d’autres - aux paroles révolutionnaires ou anarchistes / gauchistes - comme les oeuvres du poète Ritsos. Dans les années 1980, des films à contenu politique ont été censurés, comme L’homme à l’œillet, qui parlait de Belogiannis, ainsi que des films qui offensaient la religion, comme La dernière tentation de Kazantzakis.

Aujourd’hui, en 2021, nos autorités ont décidé, suite à une directive européenne, de rétablir la censure de l’art avec une nouvelle loi qui interdit tout matériel mis en ligne sur internet par un créateur-artiste ou par n’importe quel·le utilisateur·rice s’il « inclut incitation à la violence ou la haine et incitation publique à un crime terroriste, autrement il ou elle fera l’objet de poursuites. »

Qui décidera de ce qui constitue une incitation à la violence, puisqu’en Europe des artistes ont déjà été arrêtés par des forces spéciales pour des paroles qui disaient "Ils ne pourront pas me faire plier", parce qu’ils y voyaient là une incitation au terrorisme ? Cela rappelle assez l’interdiction des chansons en raison de propos dangereux ou de leur rapport à la police pendant la junte. En outre, les critiques de la politique d’autres pays par plusieurs artistes les ont conduits à être poursuivis pour avoir exprimé une « haine politique » envers le pays. Il est évident que cette loi est suffisamment vague pour parvenir à censurer tout ce qui va à l’encontre de l’idéologie étatique et de la propagande des pays sûrs, avec leurs policiers et leurs citoyens pacifiques.

Vont-ielles aller jusqu’à dire à nouveau que les paroles, les peintures, les films, la littérature sont dangereux·ses ? Que c’est là pour inciter et séduire ? Que ça peut inspirer ? Mais oui. Est. Tout art était, est et sera dangereux. Parce qu’il a le pouvoir d’apporter des changements. Une idée peut être parlée, ça peut être de la poésie, ça peut être un tableau, ça peut être un livre, ça peut être un film. Et il peut à son tour nourrir l’espoir, engendrer la colère, la révolution, créer la liberté. Parce que l’art est la forme la plus sincère de pensée humaine qui puisse parler profondément au cœur et à l’esprit de l’ensemble de la société. L’art peut envahir sans armes, sans violence, sans politique et sans rhétorique, car c’est l’une des armes les plus dangereuses. Et tous·tes les artistes le savent. Comme les dirigeant·e·s. S’ielles ont peur de l’art, montrons-leur à quel point ielles ont raison.


Revendication des incendies criminels contre les domiciles de policiers de hauts rangs

Article initial
23/02/21

De : Celulles Action Directe

"Vous paierez cher, vous paierez pour tout... »
(L’un des slogan de la protestation après le coups de fusil porté sur un étudiant combattant italien à l’intérieur de l’Université de Rome en 1977)

Les marges se sont rétrécies pour beaucoup de discussions. Le gouvernement a défini sa politique et c’est maintenant clair : Le parti de droite au pouvoir, Nouvelle démocratie, assassine Dimitris Koufontinas. La bourgeoisie internationale et domestique assassine Dimitris Koufontinas. La civilisation urbaine déchue assassine Dimitris Koufontinas. Le monde capitaliste, construit sur la mort et l’exploitation, les scandales et les niches, le blanchiment et l’amoralisme extrême, avec des violeurs et des pédophiles à ses plus hauts échelons, avec des bâtards au sang-froid à la pointe de la répression, assoiffés de force brute et de coercition, ce monde dans son ensemble assassine Dimitris Koufontinas. Le cynisme et la froideur envers un révolutionnaire communiste d’une importance et d’un symbolisme si particuliers pour les puissants sont révélateurs de la qualité du monde qu’ils s’efforcent d’imposer complètement. Dimitris Koufontinas est la preuve tangible qu’ils ne détiennent pas le monopole de la violence. Un combattant qui brise en pratique leurs récits monstrueux, démontrant avec une arme à la main qu’un autre monde est possible et que ce monde jaillit de l’âme de celles et ceux qui se battent et saignent pour son émergence.

Il n’y a pas de place pour le dialogue ou l’incompréhension. Nous parlons deux langues différentes.

Nous choisissons le langage de la solidarité, de la dignité, de la responsabilité, de l’honnêteté, de la camaraderie. Nous choisissons la lutte pour abolir l’exploitation de l’Homme par l’Homme, la lutte pour récupérer les émotions et l’activité humaine de la machine capitaliste barbare. Nous serrons les dents et les poings en essayant de frapper l’ennemi, de créer des fissures et des passages, de faire un pas de plus vers les relations que nous proposons, de construire des structures comme un contre-exemple à la barbarie de l’exploitation de classe dans laquelle nous vivons, des structures qui impliquent la partie de la confrontation directe avec l’ennemi, défiant sa domination à chacune de nos frappes. Leur monde n’est pas une simple abstraction. Il a un vaste langage, qui défile quotidiennement sur les chaînes, qui propage son découragement et sa morale bon marché. Il a une forme matérielle. Il a des noms, des maisons et des adresses, des milliers de vulnérabilités prêtes à être des coins et recoins pour nos petites attaques.

À l’heure actuelle, la crise sanitaire de la pandémie de Covid-19 est traitée avec une stratégie d’autoritarisme et de totalitarisme, une stratégie de théorisation des États en eux-mêmes, avec des pratiques modernisées - sauf de type archaïque - de contrôle de masse et de discipline sociale. Le gouvernement de la ND a choisi d’utiliser la crise sanitaire comme prétexte pour exacerber la répression et exterminer toutes les voix différentes. Il embauche des flics au lieu de médecins, achète du matériel militaire au lieu de stimuler la santé publique. L’État grec est un exemple frappant de la gestion répressive de classe de la pandémie, car il choisit d’armer ses forces militaires et répressives, afin d’être prêt à réprimer toute réaction qui s’élève contre la mort-hémorragie politique et économique imposée aux classes inférieures. Se ralliant délibérément les sujets et réflexes les plus réactionnaires et conservateurs.

Maintenant que les fronts s’éclaircissent, le nôtre aussi.

La ND a donné beaucoup de souffle, de vitalité, de puissance et d’influence à l’action directe. Il a rallié et multiplié les forces et les résistances des mouvements. Il a créé une polarisation sociale et de classe, qui augmente, et qui pousse au contact direct des mouvements avec des personnes de groupes sociaux plus larges. Il a constitué le terrain idéal pour l’exacerbation des contradictions et pour l’émergence d’une politique révolutionnaire capable de menacer matériellement les fondements de la réalité existante. En bref, la ND a réussi le contraire de ce qui était promis avant l’élection à son public : des centres urbains qui brûlent, avec des attaques quotidiennes (littéralement) contre des cibles étatiques et capitalistes, avec la militarisation des centres métropolitains et l’émergence permanente de champs de conflit avec les forces répressives, avec des images constantes de violence et de trouble de classe. Dans l’espoir que la résistance qui sera construite écrasera sans réfléchir les plans militaire–économique–politique de l’État grec et niera les faux espoirs d’assimilation pour l’humanisation du capitalisme.

Avec ces données, le révolutionnaire communiste Dimitris Koufontinas, à travers la grève de la faim commencée le 08/01, a été le déclencheur d’une résurgence sociale plus large. Son corps a été le seuil de la guerre des deux mondes, le point pour comprendre qu’ici et maintenant est le lieu et le moment de l’émergence d’une stratégie politico-militaire à long terme avec l’horizon d’une confrontation directe avec le monde du capital et du pouvoir. Nous considérons que cette rupture est nécessaire aussi par rapport aux pratiques militantes directes qui affectent le prestige et la stabilité de nos bourreaux. Tout comme nous pensons qu’à l’heure actuelle, notre survie politique passe par la mise en œuvre de ces pratiques agressives, car le gouvernement actuel ne nous a laissé aucun champ libre pour nous faire entendre et agir.

Dans le cadre de notre stratégie pour faire changer la peur de camp, nous prenons la responsabilité des attaques incendiaires :

  • - À la résidence de Yannis Katsiamakas, président de la Fédération Panhellénique des officiers d’Athènes (POAXIA) et Lieutenant Général à la retraite de El.As, à Byron. Un représentant permanent de la politique répressive, et de l’écrasement de toute résistance sociale. Il était l’un de ceux qui prônaient la police dans les universités, comme un autre nostalgique de la junte. Il était l’un de ceux qui ont applaudi les récents meurtres d’immigrants à Evros. En tant que représentant de POAXIA, il a été influent pour plus de répression, plus de sang des manifestants, plus de dissimulation de la violence policière. Le fait que par une partie du statuquo notre action ait été présentée comme une action “para-étatique”, en raison du récent conflit entre Katsiamaka et la direction politique du Ministère de la Protection des Citoyens pour la distribution du gâteau du capital illégal, est révélateur de ce que ce Ministère est vraiment au cœur de son noyau : une structure criminelle organisée avec des rôles et une action distincts, qui exporte essentiellement tout le “crime organisé” qu’il est censé poursuivre.
  • La maison et le véhicule de Katerina Mangas, sergent du Département de police de Patissia, à Ano Patissia. Le statut élevé de Katerina Mangas la rend conjointement responsable de toute personne qui a été soumise à la violence, à l’humiliation, à l’intimidation et au comportement raciste de la part des bâtards en uniforme de la région. Un exemple plus récent a été l’effusion de sang de la concentration antifasciste dans le quartier de Galatsi (Athènes), où les flics ont attaqué de manière meurtrière les personnes rassemblées, mais aussi des citoyens au hasard et de jeunes enfants, avec de nombreuses arrestations et blessé·e·s. Dans le même immeuble vit l’escorte–chauffeur armé personnel de Yannis Katsiamakas, alors laissez-le considérer cette attaque aussi comme une cible directe envers sa personne et son" travail".

Le révolutionnaire Dimitris Koufontinas, avec son remblai de corps, nous a montré dans une période très difficile que rien n’est donné dans le silence et l’oubli, tout a été conquis et se conquiert avec le sang, la lutte est plus vivante que jamais. Et nous sommes enrôlé·e·s en lui. S’il arrive quelque chose à Dimitris Koufontinas, ce ne sera que le début.

VICTOIRE DANS LA GRÈVE DE LA FAIM DE DIMITRIS KOUFOUNTINA

SOLIDARITÉ AVEC LES PRISONNIERS POLITIQUES

Celulles Action Directe

Celulle Anarchiste Anti-violence


Le bruit du silence quand il est brisé…

Article initial
24/02/21

De : MⒶnifeste Anarchiste Collectif

Le mois dernier, d’innombrables allégations d’abus sexuels, physiques et psychologiques ont été publiées par des auteur·rices issu·es de milieux artistiques, sportifs, professionnels et politiques. Les accusés sont des personnes en position de pouvoir qui ont délibérément abusé d’autrui. Une plainte a suffit pour donner de la voix à la suivante et ainsi ouvrir le couvercle de la fosse sceptique, que la majorité de la société ignore voire reproduit ostensiblement et dissimule systématiquement depuis des années. Au cours de ces deux premiers mois de 2021 s’est ouvert le dossier sur la violence sexiste dans le discours public. Et cela s’est produit parce que des personnalités publiques, femmes et hommes, ont rapporté leurs expériences traumatisantes. Les réactions de nombreuses personnes à ces plaintes ont suivi les mêmes schémas stéréotypés que nous retrouvons suite à chaque plainte de violence sexiste. La dévaluation, la ridiculisation des survivant·es, la tentative d’exposer les intérêts cachés des plaignant·es, sont quelques-uns des éléments classiques des apologistes des patriarches.

Pourquoi maintenant ? Pourquoi ces accusations sortent-elles maintenant ? Les raisons pour lesquelles une personne survivante choisit de parler du traumatisme qu’elle a subi sont nombreuses et pour chaque personne le processus interne qui la pousse à décider de s’exposer, de parler, de revendiquer son droit est différent. D’autant plus quand ielle décide de prendre la parole en public, sachant à l’avance qu’ielle recevra principalement le discrédit, la minimisation de son expérience, le ridicule, la suspicion et l’aliénation de la part des « je ne savais pas », « je ne sais pas s’ielle dit la vérité », « la justice en décidera ». « Pourquoi parlent-ielles maintenant ? » est une chose qu’il ne nous appartient pas vraiment de demander. Nous n’avons pas le droit de demander pourquoi une personne qui a survécu à une expérience aussi traumatisante parle maintenant, tout comme nous n’avons pas le droit de blâmer celleux qui choisissent de ne pas parler. Ce n’est pas la responsabilité des survivant·es de parler. Il est du devoir de beaucoup d’autres de réfléchir à la manière dont ielles contribuent par leur attitude au fait qu’il y ait autour de nous des agresseurs qui agissent sans être dérangés. Ce n’est pas un brouillard opaque qui occulte le patriarcat. C’est la dissimulation et le blanchiment.

La voie pour que ces plaintes soient rendues publiques a été pavée par des milliers d’autres plaintes non célèbres qui ont précédé. Des plaintes dévalorisées, rejetées - l’affaire de viol de Bekatoro est déjà prescrite -, pour lesquelles les agresseurs ont été acquittés, couverts et innocentés devant des tribunaux civils et non civils, pour lesquelles leurs victimes ont été déboutées voire poursuivies. Cette voie a été pavée dans la pénombre par des années de luttes féministes persistantes et douloureuses et le discours féministe qui rompt à tout prix la dissimulation et le blanchiment de la violence sexiste. Le féminisme est là depuis des années et tisse un filet de sécurité pour les gens qui parlent et pour leurs cercles de soutien, contre les chasses aux sorcières modernes menées à chaque occasion par les agresseurs et leurs troupeaux qui les couvrent et les blanchissent.

En parallèle, nous sommes récemment témoins de la précipitation des arènes politiques, parlementaires et non parlementaires, à condamner la violence sexiste (en général) afin de se départir de toute responsabilité face à la dissimulation systématique et chronique qu’elles fournissent aux agresseurs au sein de leurs cercles.
En même temps que la justice de l’État prescrit le viol et les abus, elle donne aux agresseurs le droit d’attaquer en diffamation leurs victimes. Alors que les espaces politiques ont tout mis en œuvre pour enterrer d’innombrables incidents de violence et d’abus sexistes en leur sein, ils s’empressent de prendre une position « hostile » face aux agresseurs notoires présumés, suivant à la lettre la recette du blanchiment.
Si certain·es dans ce climat de publicité essainte de se faire connaître dans les médias et de se dévoiler en tant qu’anti-sexiste combatif·ve, ce sont bien elleux qui depuis des années mènent une chasse aux sorcières contre quiconque « ose » dénoncer les violeurs et leurs troupeaux. L’un des exemples les plus choquants d’un tel blanchiment est la ministre de la « culture », qui a retiré à la hâte ses déclarations sur les tribunaux-médiatiques et les « incidents individuels » mais aussi sur la prise pour cible de Lignadis, et déclaré qu’en fait elle tombait des nues ​​et avait été trompée. Celle-là même qui l’a proposé pour le poste de directeur du Théâtre National en le tarissant d’éloges, déclare aujourd’hui qu’elle ne le connaissait pas. Par conséquent, qu’il s’agisse du parti au pouvoir qui a blanchi et dissimulé le cas du pédocriminel Georgiadis, ou de tout autre espace politique, "anti-autoritaire" ou institutionnel, qui suit inexorablement la stratégie du patriarcat, tous se valent les uns les autres. Tout souverain dominant qui choisit d’abuser n’aurait pas osé le faire s’il n’avait pas dès le départ été soutenu, couvert et blanchi, comme le veut la gestion traditionnelle de ces affaires, par son troupeau. Cela ne nous choque pas que les agresseurs, contre lesquels une, dix ou cent plaintes sont rendues publiques, aient l’audace de circuler et de menacer de représailles. Cela nous exaspère.

Même maintenant que tous ces cas ont été révélés, les blanchisseries n’ont pas cessé de fonctionner. C’était, après tout, attendu. Les apologistes du patriarcat travaillent sans relâche dès qu’une plainte est déposé afin de restaurer la normalité patriarcale qui leur convient à elleux et à leurs pairs, et qui ne saurait être troublée par aucune calomnie folle, excessive, mythique. Tout ce que font les déclarations des relativistes, le « je ne sais pas ce qui s’est réellement passé », « cela ne m’est pas arrivé », c’est agir en défense des agresseurs, créant et renforçant un climat de doute. Les déclarations du type « si cela m’arrivait, je me défendrais » impliquent que la victime ne s’est pas défendue autant qu’elle « aurait dû » ou qu’elle est responsable de ces abus. Concrètement à quel point une victime de violence sexiste devrait-elle vraiment avoir à se défendre ? Tout comme devrait-on les emprisonner pour légitime défense qualifiée d’homicide intentionnel ? (Voir les cas d’autodéfense de femmes contre violeurs et agresseurs dans lesquels les femmes qui se sont défendues sont en prison et les agresseurs décédés. Plus d’informations sur les cas dans le texte "Nous défendons le droit à la légitime défense" du Manifeste Anarchiste Collectif). Les neutres se retirent de la position potentielle de subir des abus car ils se considèrent dans une position favorable au sein du camp patriarcal. Autrement dit, ils agissent selon les normes et ne prennent position sur rien. Ces personnes qui choisissent de ne pas se positionner pour ne pas gâcher leurs entreprises, leurs collaborations politiques, leurs relations sociales, ont d’emblée pris position du côté des oppresseurs, du côté des violeurs. Et c’est pourquoi ils sont d’emblée nos ennemis.
Dans les cercles d’apologistes, on voit aussi les : « Je soutiens la victime si une telle chose s’est passée. La justice décidera si c’est vraiment arrivé ». La "présomption d’innocence" légalo-patriarcale à laquelle chaque cas de violence sexiste doit se confronter est utilisée directement ou indirectement. C’est la doctrine bourgeoise traditionnelle du "il est innocent jusqu’à preuve du contraire".
Alors, comment un·e survivant·e peut-ielle prouver sa maltraitance quand il n’y a pas de témoins ? Notre réponse a déjà été donnée par toutes les décisions, les tribunaux civils et non civils, qui acquittent systématiquement les violeurs, les meurtriers, les violeurs d’enfants, les agresseurs depuis des années et qui mettent les victimes sur le tabouret comme si elles en étaient les auteur·rices. Le patriarcat en tant que structure sociale autoritaire pré-capitaliste a permis la gestion de ces « crises ». Le but est toujours le même : "brûler la sorcière". Il n’y a que la justice que nous ne nous attendons pas à trouver au sein du patriarcat. Nous ne nourrissons pas de telles illusions.

Dans la lignée du processus de blanchiment qui a été mis en place pendant cette période, revient aussi souvent le truc du féminisme qui résulterait à « criminaliser le flirt », fameux bonbon en sucre du patriarcat. Bien que ce soit là un argument ridicule, il mérite d’être mentionné que le flirt et l’amour en général peuvent être tout sauf abusifs. Et si un quelconque abus est appelé flirt, amour, affection ou même un mauvais moment, nous ne faisons rien d’autre que normaliser la violence genrée et les stéréotypes patriarcaux. Si dans l’esprit de certaines personnes, hommes ou femmes, peu importe, il est normal de siffler dans la rue, de peloter, d’insulter, de te suivre, de t’appeler au téléphone pour te dire des obscénités, de t’envoyer des photos de bites, de te mettre la pression, de t’attaquer et plus généralement de violer tes limites, et bien c’est exactement pour ça que génération après génération, les enfants grandissent avec tous ces stéréotypes patriarcaux et transgressifs. Des stéréotypes qui peuvent conduire à de nouveaux viols et à de nouveaux meurtres. Harcèlement sexuel et flirt n’ont rien à voir. Et oui, le féminisme met en évidence toutes les manifestations abusives du patriarcat.

Passons désormais au niveau de la gestion de la communication et de la promotion des plaintes, nous ne pouvons manquer ici de mentionner le rôle joué par les médias pendant cette période. Voyons d’abord comment jusqu’à présent, c’est-à-dire avant que les personnalités publiques ne dénoncent leurs abus, des cas de violence et d’abus sexistes étaient rapportés par les médias.
Dans les cas de féminicides, ils ont insisté de toutes les manières sur le fait que c’était « un mauvais moment », de la jalousie, « que ce qui c’est passé est flou » et en même temps, dans plusieurs cas, ils ont souligné à quel point l’agresseur était « bon-enfant ». Les plateaux télés ont lutté pour étouffer l’affaire et détourner l’attention publique de la réalité de l’événement. C’est-à-dire du fait que nous étions face à un autre cas de féminicide où l’assassin considérait la victime comme sa propriété et comme son droit de lui ôter la vie. Les télé-présentateur·rices jouent le rôle de l’avocat de l’auteur à travers l’effort diligemment déguisé de réduire la gravité du phénomène des féminicides et les raisons qui y conduisent. Autrement dit, la reproduction chronique des stéréotypes patriarcaux. Les médias dans ces affaires étouffe tout homicide avant même les tribunaux civils. De même, en cas de viol, les médias ne manqueront pas de mentionner ce que portait le ou la survivant·e, si ielle buvait, si ielle s’amusait, quelle vie sexuelle ielle avait. Ils instrumentaliseront tous les éléments qui composent la culture du viol et la reproduiront, laissant indirectement le soupçon qu ’« ielle l’a voulu et ielle l’a eu », qu’iella « l’a causé ». Cela s’applique bien sûr lorsque les violeurs sont des hommes du coin ordinaire. Si les violeurs sont des immigrés, alors nous voyons la condamnation sans équivoque du viol et de l’auteur et le soutien du ou de la survivant·e. De toute évidence, les médias ne sont pas possédés par des tendances anti-sexistes et nous n’avons aucune illusion à ce sujet. Nous nous souvenons il y a environ un an à quel point le harcèlement sexuel d’un étudiant de l’Université Aristote de Thessalonique avait semblé drôle au panel de Liaga et comment, après le tollé suscité sur les réseaux sociaux, ils essayèrent de se rattraper avec des excuses. Nous avons vu des incidents similaires plus récemment, comme dans une émission dans laquelle il était hilarant pour les personnages d’entendre parler du viol d’une femme par des hommes jumeaux.

En remontant encore plus loin, en 2012, les médias participèrent à la chasse aux sorcières lancée par Loverdos, exposant publiquement les femmes séropositives. Les visages et les données de ces femmes sont passées sur chaque chaîne, chaque bulletin, chaque émission, sans bien sûr aucune trace de sensibilité d’avoir consciemment détruit à la fois la psychologie des femmes elles-mêmes et de leurs familles. À cette époque, le cas des personnes séropositives était la proie que recherchaient les prédateurs médiatiques pour produire un spectacle dans le cadre de la « protection de la santé » des clients des prostitué-es. Les clients du sexe, eux, n’ont jamais été stigmatisés. Et même plus tôt en 1998, lorsque « Zougla » a publié le fameux enregistrement vidéo du violeur d’enfants Korkoli, l’un des panels avait déclaré « Eh bien, lequel d’entre nous n’est pas allé avec un·e jeune de 14 ans ? », ce à quoi les autres autour de lui avait répondu par des hochements de tête condescendants. Pour mémoire, Korkolis a pris sa retraite pendant plusieurs années dans l’ombre et est récemment revenu en tant que musicien comme si de rien n’était. Pour son retour en douceur, il a bien sûr pu compter sur les mêmes médias qui, en 1998, ont condamné l’événement comme quelque chose de moralement inacceptable dans la culture de la société grecque.

Le rôle des médias, en plus de reproduire, promouvoir, renforcer et consolider la propagande d’État, telle que le racisme, le patriarcat, l’ethno-patriotisme et le terrorisme, est de vendre du spectacle. Et en guise de spectacle, ils se servent des plaintes récemment déposées. À partir du moment où la première plainte a suscité l’intérêt du public, et chaque plainte ultérieure ayant fait grandir cet intérêt, positivement ou négativement, les médias n’auraient pas pu laisser passer cette opportunité.
Tout à coup, nous avons vu un changement de « sensibilité » dans les médias qui donnent désormais aux survivant·e·s des plaintes l’opportunité de parler et de partager leur expérience.
De même qu’ils ont invité les accusés à s’exprimer pour que « l’autre partie puisse être entendue » puisque, hélas, nous sommes en démocratie. Quelle publicité donneraient-ils à de telles plaintes si les victimes n’étaient pas célèbres ? Combien d’émissions appelleraient-elles des gens ordinaires qui ont signalé leurs abus ? Aucune.
Alors que le nombre de plaintes augmente et que la question reste d’actualité, nous voyons tous ces prédateurs qui, dans le passé, se sont moqués, ont discrédité et étouffé des incidents similaires, verser maintenant des larmes de crocodile et prétendre nous vendre de la sensibilisation à la violence sexiste. Ils font commerce des accusations d’expériences abusives pour gagner de l’audience.
De plus, c’est l’occasion pour eux de se laver les mains et de montrer qu’ils prennent position contre la violence sexiste. Mais quelle publicité donneront-ils lorsque ces affaires seront portées devant la justice civile et entendues par les tribunaux patriarcaux ? Quand les procès seront reportés et quand les affaires seront prescrites ? Avec la même recette utilisée depuis des années, pariant sur l’oubli, les noms des agresseurs une fois qu’ils ne seront plus sous les projecteurs seront effacés et peut-être qu’après des années, ils referont surface, considérés repentis ou même lésés, pour continuer leur carrière. Les agresseurs parient sur cet oubli. Et de cet oubli, les médias sont également complices.

L’une des choses les plus importantes qui ait émergé de tous ces cas d’abus qui sont sortis est le fait que des hommes ont également parlé en public. Il convient de noter que d’autres hommes avaient jusqu’à présent parlé de leurs expériences d’abus au sein de cercles de soutien. Connaître les stéréotypes destructeurs de la masculinité toxique qui bombardent les garçons dès l’âge de 0 ans, parler à un homme et témoigner d’abus sexuels et de harcèlement est un tabou social majeur à ce jour. Cet abcès est maintenant percé. Autant la « sœur » est insultée comme « malédiction », et les hommes qui souffrent du patriarcat, souffrent seuls et en silence. Les survivants qui ont parlé ont été moqués à deux reprises par les apologistes du patriarcat avec des commentaires « Et bien pourquoi ne l’a-t-il pas frappé dans les couilles ? », « Si ça m’arrivait, je l’aurais pas laissé repartir comme ça » etc. Il est très courant que la cuture matchiste résolve tout en frappant. Et si un homme ne recourt pas à un tel comportement pour faire face à un harcèlement sexuel, alors la conclusion sexiste de la culture du viol ressort que "il le voulait et il l’a eu".
Pire encore dans la perception patriarcale, le viol d’un homme ne peut être qu’en groupe, sinon « il peut se défendre » et s’il ne se défend pas, alors c’est qu’« il le voulait ». Dans ces perceptions stéréotypées et dangereusement simplistes, le survivant est « stigmatisé » comme un homosexuel qui « voulait ou cherchait » ce qui lui est arrivé et cesse donc d’être à l’intérieur du camp patriarcal.
De même, dans les cas d’abus sexuels sur des hommes par des femmes, comme dans le cas récent d’une professeure qui a abusé de son élève, la perception reproduite est celle que l’homme est "chanceux" et qu’il "devrait en profiter" à travers un prisme fétichiste qui voit dans ce type d’abus genré la satisfaction d’un fantasme. Pour toutes ces raisons, il est si difficile pour un homme de parler de la violence sexiste à laquelle il a été confronté. Pour toutes ces raisons, les hommes qui se sont exprimés aujourd’hui en public, ont ouvert une toute nouvelle voie pour la culture de la société grecque. Il est également important qu’à côté de toutes les plaintes, les hommes qui n’ont pas été confrontés à des incidents de harcèlement sexuel aient été trouvés dans une position honnête et solidaire. En d’autres termes, ce cercle de soutien vital s’est créé autour des survivants qui brisent les stéréotypes et les barrières établies par le patriarcat.

Nous n’attendons de justification d’aucune justice patriarcale ni d’aucun État. Nous soutenons chaque personne survivante dans la guerre quotidienne du patriarcat.
Notre pari est de ne pas laisser l’oubli enfouir et étouffer aucun incident de violence sexiste et d’abus de survivant·e·s célèbres et non célèbres.
Nous savons que dans cette guerre, les batailles se déroulent tous les jours. Il est de notre devoir d’être solidaire et de soutenir les plaignant-es, en donnant de l’espace et de la force à chaque voix ultérieure qui décide de briser le silence. Parce que pour nous, aucun viol, aucun meurtre, aucun abus n’est prescrit.
Dans la société que nous envisageons, il n’y a de place pour aucun type de mâle dominant, et nous ne nous soucions pas non plus de leur formation. Aucune tolérance pour les dirigeants et le troupeau qui couvre et qui blanchit.

NE LAISSONS PERSONNE SEUL-E FACE AU PATRIARCAT

MORT À LA MORT ET POUR L’AMOUR DE LA VIE

Volos, le 23 février 2021
Fuerza Femenina, Collectif féministe libérale
Manifeste Anarchiste Collectif


ARRÊTEZ D’AGRESSER LES TRAVAILLEURS·EUSES – LA SOLIDARITÉ DE CLASSE VAINCRA

Article initial

Le lundi 4 janvier 2021, un coursier d’une franchise de la poste à Glyka Nera a été violemment battu par son manager (et frère de l’employeur), ce qui a entraîné de graves blessures, a été transféré à l’hôpital et a subi une intervention chirurgicale au visage. La raison de l’attaque était qu’il n’avait pas livré, au milieu d’une forte averse, le nombre excessif d’articles (160) qui avaient été chargés.

Depuis mars 2020 et le premier confinement imposé par les dirigeants afin de gérer la pandémie, la charge de travail des employés de l’industrie du courrier a considérablement augmenté et l’intensification du travail a atteint le rouge. Heures de travail débordantes (10-12 heures de travail), travail et week-ends, heures supplémentaires non rémunérées, "essai" non rémunéré, heures de travail non déclarées sont les conditions qui prévalent dans cette industrie avec des postiers travaillant pour 600 euros (souvent avec de mauvaises conditions météorologiques) sans même qu’on leur fournisse l’équipement de protection individuelle de base (masques, antiseptiques, casques, vestes etc.) tel que défini par la loi et plusieurs fois sans même que soit fourni le moyen de transport.

Et tandis que les employé·e·s de cette industrie (et pas seulement) travaillent dans des conditions dangereuses qui entraînent souvent des blessures (même mortelles comme cela s’est produit avec un courrier à Alexandroupolis), ces entreprises augmentent actuellement leurs bénéfices fortement (il suffit de noter que le pourcentage de colis qui ont dû être transportés lors du premier confinement a augmenté de 30% par rapport à la période correspondante de l’année dernière). Malgré l’augmentation de leurs bénéfices, cela ne leur suffit pas et ils essaient de s’enrichir encore plus non seulement par l’intensité de l’exploitation des travailleur·euses, mais aussi par l’appréciation de leur politique de prix et leur intégration dans les entreprises touchées.

Les patrons ont trouvé un terrain fertile et tentent de transformer le lieu de travail en une arène de bêtes sauvages de l’Empire romain où les plus “productif·ives”, les plus “vendu·e·s”, les plus apprivoisé·e·s survivront et seront payé·e·s avec un morceau de pain (à l’avenir probablement et littéralement) et celleux qui résistent, celleux qui revendiquent, celleux qui travaillent sur la base de leurs contrats de travail seront licencié·e·s ou subiront le terrorisme de l’employeur. Le but des patrons était, est et sera d’empiéter sur tous les droits du travail afin d’augmenter leurs profits et de s’enrichir.

L’État et les employeurs utilisent la pandémie pour faire respecter leurs conceptions antisociales. Ils renforcent le pillage de la société et de la nature pour préserver leurs privilèges et augmenter leurs profits. Ainsi, en pleine pandémie, le nouveau projet de loi anti-travail est adopté, violant les droits fondamentaux du travail et institutionnalisant la criminalisation de l’action syndicale, le fichage électronique des syndicats, l’abolition de la grève et des manifestations, la légalisation du recrutement du mécanisme de grève, l’interdiction de la protection contre la grève, le travail de 10 heures, l’augmentation des heures supplémentaires et la mise en place d’heures supplémentaires non rémunérées.

Nous, pour notre part, résistons à leurs sombres plans et ne faisons pas confiance aux dirigeants et aux patrons qui se faufilent et gèrent nos vies pour augmenter leurs profits et maintenir leurs privilèges. Avec le mouvement de la solidarité de classe, avec persévérance et confiance en nos propres forces et à travers des processus auto-organisés et anti-hiérarchiques, tenons-nous les un·e·s à côté des autres, brisons la terreur et l’arbitraire des employeurs et prenons nos vies entre nos mains.

NOUS SOMMES DES TRAVAILLEUR-EUSES, PAS DES CLIENT-E-S, ET NOUS NE COUVRONS PAS LES ARRIÈRES DES PATRONS

LA SOLIDARITÉ DE CLASSE GAGNERA

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