Reconnaîtra-t-on ses amis à la fin du confinement ? La réorganisation de nos vies sociales viendra plus vite que l’insurrection.

Cette période de notre histoire permettra de faire le tri entre ceux qui prétendent tout au long de l’année avoir une conscience collective et ceux qui privilégient leur petite personne. Il y aura un avant et un après corona. Parfois les pires défauts qui sont tapis au fond de nos êtres ressortent... Et c’est tant mieux. Nos valeurs deviennent palpables. Est ce qu’on pourra réellement continuer à côtoyer ou s’organiser avec des personnes qui ont des valeurs et des comportements tant éloignées des nôtres ? Est ce qu’on pourra continuer à sourire à des personnes qu’on a vu se trimballer sereinement dans la rue avec des masques alors que les soignants en manquent ? Est ce qu’on pourra continuer à faire des cantines avec des gens qu’on a vu se ruer sur de la bouffe au détriment des plus fragiles ? Est ce qu’on pourra encore s’approcher de personnes qui ont choisi de continuer leur vie durant le confinement sans prendre en compte le fait qu’elles sont un vecteur de propagation du virus ? Est ce qu’on aura envie de faire un apéro avec ce pote qui s’est mis au footing pour la première fois de sa vie, uniquement pour contourner le confinement ?

Tu ne te prépares pas à être coincé chez toi pendant plusieurs semaines, tu te prépares à compter tes morts, amis, famille, collègues et à ne jamais pouvoir leur faire tes adieux. Tu te prépares à voir l’armée transporter des cadavres car les crématoriums seront saturés. Tu te prépares à des temps de deuils compliqués, qui marqueront un pan de notre société. Et pour certain-e-s, tu te prépares à assumer le fait d’être responsable de nos morts car tu as contribué à être vecteur de propagation du virus. C’est une lourde responsabilité. Et nous t’accuserons dès que nous en aurons le loisirs. Tous comme nous ne manquerons pas d’accuser l’état de sa gestion libérale de la crise sanitaire que nous traversons. Quand l’heure des comptes viendra, personne n’oubliera ton comportement.

Cher toi qui a mis en place un départ précipité, ta fuite à la campagne, ne servira qu’à déplacer le virus à des endroits où il n’était pas présent, pour que tu puisses profiter du grand air et des joies du jardinage. Tes ambitions d’autonomie alimentaire, se font au détriment des risques de contamination et de transport du virus. Tu mets en danger des centaines de personnes pour ton confort personnel. Penses-tu que c’est faire preuve de solidarité que d’exposer des populations qui pour l’instant étaient à l’abri ? Tu sais cette solidarité dont tu parles tout au long de l’année…
Alors c’est fini de faire de la politique là où tu habites, tu vas habiter ailleurs, ton immeuble paraît bien terne maintenant que tu ne peux plus en sortir. Pose toi des questions sur ta vie quotidienne et prends tes cliques et les claques et va t’installer définitivement à la campagne pour aller au bout de tes idées et pas qu’en période de crise ! Tu critiques les départs des parisiens dans leurs résidences secondaires mais tu es comme eux. Tu es comme tous ces bourgeois dont tu te moquais, qui pendant que les gilets jaunes brûlaient leur quartier, partaient en week-end à Deauville car ils avaient peur. Tu ne vaux pas mieux que cette classe que tu dis combattre.

Cher toi, qui se jette sur des réserves de bouffe. Tu es une personne assez jeune, pas forcément vulnérable, tu peux aller faire tes courses toi même et tu as un endroit où te confiner… N’as-tu pas honte ? La gloire d’être confiné dans des conditions plus agréables que ton voisin sera de courte durée. Mais peut être préfères-tu compter tes paquets de pâtes plutôt que la quantité d’amis qu’il te restera quand cette période sera passée. Ton investissement pour lutter contre la précarité me fait douter au regard de ces nouvelles informations sur ta personnalité. Et si un jour je te vois oeuvrer pour une distribution de nourriture, je pense que ta malhonnêteté intellectuelle m’indignera.

Cher toi, qui souhaite conserver ta vie sociale pendant le confinement, est-ce une mauvaise volonté de ta part de ne pas comprendre le sens du mot confinement ? Tu ne souhaites pas le respecter car c’est l’État qui te l’impose ? Tu penses que c’est ACAB de ne pas le respecter ? Es-tu égoïste au point de ne pas voir que c’est notre bêtise qui a poussé l’état à mettre en place un arsenal répressif ? Tu penses que parce qu’on est potes tu ne vas pas me contaminer ? Que le virus respectera notre amitié ? Tes liens sociaux font de toi une bombe ambulante, un danger pour toi même et pour les personnes en contact avec toi tout au long de ta journée de « liberté ».

Cher toi, qui pense que parce qu’on a une relation, tu peux passer au dessus du confinement. Tu ne m’aimes pas à ce point pour proposer de me mettre en danger, ainsi que les personnes avec qui je vis et avec qui, toi tu vis ? Je ne pense pas que souhaiter porter une atteinte potentiellement mortelle à la vie d’une personne avec qui tu entretiens une relation soit une preuve d’affection. Nos vies valent plus que 3 orgasmes désespérés.

Prends soin de toi… Non, ne prends pas soin de toi, la plupart d’entre vous le font au détriment des autres. Prends soin des autres.

Tu participes aux mouvements sociaux de défense des hôpitaux, tu soutiens les soignants, tu te bats contre la privatisation d’une clinique… As tu conscience que ton comportement les met dans une situation intenable ? Grâce à tes efforts pour propager le virus à la campagne ou auprès de tes amis, tu contribues à la saturation des lits d’hôpital. Grâce à toi, les soignants devront choisir, qui laisser vivre et qui doit mourir, faute de places en réanimation. On ne peut pas avoir tous les français atteints en même temps en réanimation, les places sont chères, et pour nombre de cas graves, elles doivent être occupées longtemps. Voilà la conséquence réelle et directe de tes actes. Cher toi qui n’a pas compris l’intérêt du confinement, quand tout sera fini, sache que je te tiendrai pour responsable de la mort de mes proches. Continues à aller voir tes amis parce que le confinement c’est trop dur. Continues à organiser des réunions en face à face parce que le faire à distance ça fait trop start-up nation. Mais n’oublie pas qu’à chaque sortie, même si tu as pris tes précautions, tu as peut être contaminé une quinzaine de personnes au bas mot, du livreur délivroo qui utilisera la même poignée d’immeuble que toi, à l’ami à qui tu ramènes de la lecture, en passant par le commerçant chez qui tu fais tes courses ou le passant qui aura eu la malchance de croiser ton chemin.

Ni oubli, ni pardon. Restez chez vous. Mettons notre temps à profit pour construire une solidarité d’urgence, pour pallier aux défaillances de l’état, pour éviter que la répression s’abatte toujours sur les mêmes, et réfléchissons dès maintenant, à ce que nous ferons concrètement pour panser les blessures de toute une population et de la brèche politique que cette crise sanitaire nous offre.
Il est plus compliqué de ré-inventer des solidarités en usant des outils que nous fuyons en temps habituel. Relevons le défi. Nos société basculent de plus en plus dans cette forme numérique. Prenons de l’avance, inventons des formes nouvelles de résistance. Pensons l’après, pour ne pas rater cette occasion d’enfin imposer une prise en compte de l’humain au sein de nos sociétés capitalistes, pensons l’après dès maintenant, pour lutter contre la crise climatique. Pensons l’après pour lutter contre tous ceux qui ont tenté de faire passer leurs profits avant nos vies. Pensons l’après mais depuis notre canapé.

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