Rien à carrer de ma carte d’identité, j’ai pas d’âge

Marre de ce monde âgiste où on est rangé.es en classes d’âge dès la crèche, où ton âge définit ta prétendue identité, ton rôle social, ce que t’es censé avoir vécu « d’expérience », prédéfinit ton rapport aux autres et des autres à toi.

J’ai pas d’âge. J’en ai rien carrer de ce qu’il y a écrit sur ma carte d’identité – mon nom civil, mon âge, mon sexe, ma provenance –, je suis pas une boîte de conserve à mettre sur le marché, j’envoie chier l’influence administrative sur nos relations aux autres. Je veux pas construire ma relation à l’autre selon son sexe ou son âge. Mes copaines ont 59, 130, 28, 9, 4, 278 ans. Iels sont mec trans, non binaires, meuf cis, ul, elle, il, iel, they. Et puis ça change selon les moments, ça bouge.

Vingt ans d’enfermement c’est trop. J’ai la rage d’avoir été incarcéré.e par l’ordre adulte d’un monde âgiste. La rage d’avoir vécu entre quatre murs blancs, dans l’ombre de ma chambre, assis.e dans une salle de classe, à traîner dans le même quartier. Tague le mur de ton école, brûle ton cartable, invite à jouer dehors, impossible de vivre dans une cour de récrée encagée, cage à rêve, page de trêve où tu crèves.
Interdiction de voyager, de bouger, de rencontrer un ailleurs. T’es dépendant de ton domicile parental, si tu le quittes tu fugues ; on recherche les fugueurs car coupables d’avoir rompu le contrat du contrôle parental. Cette dépendance est bien ficelée : t’as pas de thune, pas de revenu et surtout tu connais pas le dehors, on t’a pas laissé expérimenter et découvrir un ailleurs. Et d’ailleurs, quand tu fais du stop, on trouve ça pas normal, limite on te ramène à la police pour te renvoyer à ton responsable légal.
Chaque évasion marque ton enfance comme un moment volé à la monotonie.

Ton imaginaire est circonscrit à l’environnement que t’impose l’ordre adulte.
Une structure parentale typique de relation exclusive, hétéro et binaire, structure possessive du couple, se diffuse sur toute la structure familiale dans les relations. Pas facile de supporter les disputes à la maison. Pas de rencontres, pas de nouvelles personnes à la maison, toujours les mêmes au même endroit dans les mêmes rôles. Rapport possessif dans les relations : « mon enfant, c’est un bout de moi », « c’est mon fils », « tu es ma fille, mon trésor à moi ». J’appartiens à personne et j’ai pas de comptes à rendre. J’ai pas choisi de vivre avec des.ces parents et ici, avec ce mode de vie. On m’a contraint.e.

À bas le contrôle parental – iels s’inquiètent si tu réponds pas au tel, iels te posent un couvre-feu, iels lisent ton journal intime en cachette, t’engueulent, te punissent, te donnent des conseils, surveillent tes notes, t’empêchent de dormir où tu veux, veulent savoir ce que tu fais. Iels ont droit de regard sur tout. Ni mari, ni darons.
Mes daron.nes ont pas une place privilégiée dans mes relations affectives : je voudrais concevoir mes relations aux autres sans leur rôle social. Je prends soin des gens qui m’entourent mais j’ai pas de responsabilité particulière vis à vis de mes parents : c’est pas les piliers de ma vie, j’ai pas de comptes à rendre. Pas de privilège pour les daron.nes, je veux éclater cette bulle familiale et rompre le contrat. Sans famille.

Encore maintenant je sens que la domination adulte s’impose à moi, quand on me dit que ce que je fais, les choix politiques que je prends, je le fais parce que je suis jeune, mais aussi de façon plus invisible : quand j’ai honte de pas savoir, d’avoir pas assez d’expérience, d’avoir rien à dire encore à mon âge.

Y a tout plein de comportement qu’on nous étiquette selon notre âge et qui sont pensés plus ou moins valorisant. Les jeunes sont pas tou.tes impulsif.ves, bêtes, insolant.es et c’est pas réservé aux adultes d’être sérieux, rationnel.les, responsables, de savoir, d’être légitimes à décider. J’ai pas envie de dévaloriser ce qu’on attribue toujours à la jeunesse – de pas savoir (j’aime les gens qui doutent), d’être sensible, spontané, un langage, un air, un rapport aux événements politiques des dernières années. Ça m’empêche pas de réfléchir, d’être calme, concentré.e, de savoir des trucs. L’expérience est pas le monopole des adultes, parfois iels ont rien vécu.

Refusons l’enfermement âgiste, l’ordre adulte d’une société encagée, normalisée, programmée depuis l’enfance en dépendance et en carence de tendresse.

Ami.e de tout âge, renverse ce monde âgiste.

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