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L’islamophobie n’est pas un écran de fumée

Ces dernières décennies, les gouvernements successifs construisent de toutes pièces une islamophobie décomplexée. Ils visent directement les personnes musulmanes à travers l’élaboration d’un arsenal législatif et des offensives médiatiques et politiques.

Le principe de laïcité est mobilisé pour stigmatiser les femmes musulmanes : depuis 30 ans, les lois liberticides se succèdent. Entre autre, la loi de 2004 contre les signes religieux à l’école visant le foulard et celles qui le portent, en 2010, l’interdiction de la dissimulation du visage dans l’espace public. L’état d’urgence promulgué en 2015, la loi SILT en 2017 qui justifie le harcèlement et la surveillance des personnes racisées sous motif terroriste. 2021, la loi séparatisme réprime les droits d’organisation et de culte des musulmans. En 2022, le conseil d’État suspend les règlements intérieurs autorisant les maillots de bain couvrants dans les piscines municipales. La macronie réussi a connecter tout l’échiquier politique français autour de l’islamophobie. Les femmes musulmanes, considérées comme ennemi intérieur, terroristes et antirépublicaines, font face à un arsenal répressif qui se déploie de toute part.

Des jeunes filles se présentant en kimono, en t-shirts, ou en jeans, se voient refusée l’entrée dans leur collège car d’après leur chef d’établissement, ces habits ne "laisserait pas suffisamment apparaître leurs formes". À Clermont-Ferrand, un père de famille s’est vu embarqué en garde à vue alors qu’il défendait simplement le droit d’accès au lycée pour sa fille. Certains établissements, sur demande du ministère de l’intérieur, on fiché des enfants s’absentant pour l’Aïd. Il s’agit d’une répression institutionnelle d’ordre misogyne, raciste, voire pédocriminelle, qui dure depuis trop longtemps. Des cérémonies de dévoilement en Algérie aux portails des lycées et collèges en France, l’État français, sur son modèle colonial, criminalise les femmes et jeunes filles musulmanes ou perçues comme telle. Des établissements scolaires à leur lieu de travail, des lieux publics aux terrains de sports, et bientôt, dans les foyers : le gouvernement, dans sa mission émancipatrice, déploie tout un champ d’action répressif et destructeur des individus et des communautés perçues comme musulmanes.

La loi Darmanin "Asile-Immigration", vient parachever la loi Séparatisme définissant " les principes républicains". Elle vise directement les personnes non-blanches en créant non plus une catégorie administrative mais une catégorie sociale et raciale : des personnes sans-papiers aux enfants et petits enfants d’immigrés qui restent dans la même marge. L’immigration racisée est traitée comme une menace contrairement à l’immigration blanche. Nous avons pu observer cette différence de traitement dans l’accueil qui a été fait aux Ukrainiens dans l’espace social et médiatique.
Il y a une continuité entre la discrimination des personnes migrantes et celle des français racisés plus spécifiquement identifiés comme musulmans. Elle se matérialise par l’augmentation des contrôles de police, en particulier sur les femmes : contrôle au faciès, humiliations, violences et crimes policiers qui sont le quotidien des quartiers populaires.

Ces discriminations apparaissent aussi à travers la responsabilisation des parents, en particulier des mères lors des révoltes pour Nahel. Cela serait la faute d’un "manque d’éducation", et pas des conditions matérielles de vie profondément délétères. Ce racisme à peine déguisé retourne la responsabilité, accable des familles et permet ensuite au gouvernement de les menacer d’expulsion de leur logement en guise de représailles.

La loi Asile-Immigration s’apprête à passer en 49.3, mais elle est déjà en application à Mayotte. Les anciennes colonies sont l’espace privilégié de l’Etat pour instaurer et instruire en laboratoire d’expérience ses lois racistes et coloniales, perpétuant des conditions matérielles inhumaines. L’opération Wuambushu débutée en avril a expulsé en masse du territoire les personnes exilés, parallèlement durant cette même période, l’ARS (Agence régionale de santé) a lancé une campagne de propagande de stérilisation massive et fortement encouragées des femmes noires, rappelant les stérilisations forcées à la Réunion durant les années 60, alors même qu’on vise, en métropole, l’accès à l’avortement.

En conclusion, La stratégie du gouvernement est d’invisibiliser et de rendre impossible l’émergence de communeautés musulmanes ou racisées organisées et de faire de cette catégorie sociale et raciale des citoyens incomplets, qui n’ont pas les mêmes droits que les personnes blanches.

C’est pourquoi il y a urgence a se remobiliser contre ces violences. L’islamophobie n’est pas un écran de fumée, ce n’est pas juste un épouvantail que le gouvernement agite pour ne pas qu’on prête attention aux "vrais problèmes". L’État organise une classification spécifique des musulman.es, dissous les collectifs, fiche les militant.es. Chaque tentative d’auto-organisation est immédiatement suivie d’une répression politique et médiatique ultra violente : les collectifs antiracistes ont été la cible de nombreuses attaques en amont de la manifestation du 23 septembre. L’assemblée antiraciste , appelée par le Collectif des femmes musulmanes, le FUIQP et la Frap, a subit une tentative d’intimidation et d’interdiction de la part de l’UNI et du préfet de l’Isère.

Les personnes et collectifs actifs dans les luttes antiracistes ne sont pas des "éléments" mais des individus touchés dans leur intégrité physique et morale par la violence raciste et islamophobe. Il en va de la responsabilité de nos organisations de gauche, de soutenir l’auto-organisation des luttes antiracistes par et pour les personnes concernées par le racisme systémique. C’est par l’auto-organisation qu’on construit la riposte, soutien féministe à l’assemblée antiraciste.

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Prise de parole de NT38 et du Groupe Féministes Antifasciste suite à la manifestation du 23 Septembre contre les violences policières, le racisme systémique et les discriminations religieuses

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